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mercredi, 30 août 2017 07:00

L’Université de l’Ontario français

Le gouvernement de l’Ontario a rendu public lundi le rapport de son Conseil de planification pour une université de langue française. Rappelons que ce conseil présidé par madame Dyane Adam a été créé il y a presque un an à la suite des nombreux rapports dénonçant l’insuffisance de programmes d’études postsecondaires en français dans le Centre-Sud-Ouest de la province. Le rapport dévoilé lundi reste donc centré sur cette région en proposant la création de l’Université de l’Ontario français (UOF) — nom suggéré par le conseil — à Toronto tout en tentant d’imaginer une certaine «provincialisation» de cette institution. Mais est-ce assez pour répondre aux doléances d’une communauté qui réclame une université multicampus depuis plus de 40 ans?

Il faut d’abord dire que le mandat du Conseil de planification, tel que commandé par le gouvernement, était bel et bien de répondre aux besoins criants du Centre-Sud-Ouest. Et il faut reconnaitre que le Conseil a tout fait pour répondre aux aspirations de la communauté en tentant d’élargir ce mandat à la province. Mais les solutions qu’il propose soulèvent déjà quelques questionnements.

Prenons, par exemple, le principe d’affiliation. C’est normalement ainsi qu’une université voit le jour. Ici dans le nord, on peut penser aux universités Nippissing et Algoma, qui ont longtemps été affiliées à la Laurentienne avant d’obtenir leur propre charte. Or, le Conseil rejette la notion d’une affiliation de l’UOF avec une université bilingue ou de langue anglaise parce que cela irait à l’encontre du principe d’une gouvernance «par et pour» les francophones. Au lieu, on propose, sans en expliquer les modalités, un système de mentorat avec les universités d’Ottawa et Ryerson. Une université bilingue et une anglaise. Questions?

Le rapport Adam ouvre aussi la porte à des affiliations d’autres universités de langue française — Hearst, Sudbury et Saint-Paul — ainsi qu’avec les universités bilingues de la Laurentienne et d’Ottawa à l’UOF. Cette porte ouverte pourrait effectivement mener à une UOF multicampus, mais reste à définir comment s’articuleront ces affiliations. Certaines institutions parlent de simple partage de cours, d’autres proposent la création de nouvelles corporations autonomes tel le modèle de l’École de médecine du Nord, qui relève des universités Laurentienne et Lakehead. Tout ça reste à définir.

On pourrait aussi poser des questions quant à l’enseignement proposé pour l’UOF. Le Conseil propose quatre créneaux de programmation au 1er cycle, soit Pluralité humaine, Environnements urbains, Économie mondialisée et Culture numérique. On parle aussi de «transdisciplinarité», d’«approche pédagogique inductive» et d’«apprentissage expérientiel». Pas sûr de tout ce galimatias.

Et finalement, il y a la question des effectifs. Le conseil prévoit que l’UOF attirera plus de 1 000 étudiants dès 2023 et plus de 2 000 après dix ans d’existence en 2028-29. Cet intérêt pour une université de langue française à Toronto est-il assez important pour convaincre le gouvernement de dépenser 83 millions $ juste en fonds de démarrage?

Pour la communauté, la réponse est oui. De plus, toutes les autres questions soulevées par le rapport méritent qu’on trouve des réponses. Le rapport Adam nous rapproche de plus en plus d’un vieux rêve et c’est maintenant au gouvernement d’agir.

À lire également : Le Nord veut avoir son mot à dire sur la gestion de l'UOF
Lu 1944 fois Dernière modification le mercredi, 30 août 2017 11:19
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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