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mercredi, 14 juin 2017 15:00

Une première ferme hydroponique dans le Nord de l’Ontario

Écrit par 
Erin Rowe et Stéphane Lanteigne Erin Rowe et Stéphane Lanteigne Photos : Bienvenu Senga
Chelmsford — Les maraichers Erin Rowe et Stéphane Lanteigne, propriétaires de la nouvelle entreprise Smart Greens Sudbury de Chelmsford, font pousser depuis sept semaines du basilic et des choux frisés dans leur serre hermétique de 400 pieds2. L’établissement, où ils pratiquent l’agriculture verticale hydroponique, est le premier du genre dans le Nord de l’Ontario.

C’est après un séjour de plusieurs années en Corée du Sud, où le couple enseignait l’anglais, que lui est venue l’idée de se lancer en agriculture. «Un peu partout en Asie du Sud, la nourriture est produite localement. On voulait voir si on pouvait faire la même chose en revenant», explique M. Lanteigne.

Après avoir découvert la compagnie Modular Farms, spécialisée en conception de serres hydroponiques, le couple a décidé de s’établir dans le Nord de l’Ontario, une région convenant particulièrement à Mme Rowe, originaire de Larder Lake. «C’était idéal pour nous, non seulement pour des raisons familiales, mais aussi parce que c’est une région où le concept est nouveau», avance M. Lanteigne. «Dans le Nord, la saison de plantation n’est que de trois mois environ et la grande partie de la nourriture est importée. On s’est dit qu’il serait bon de pouvoir offrir des produits locaux pendant toute l’année», ajoute-t-il.

Si les fermiers ont opté pour le basilic et le chou frisé au début, c’est en grande partie à cause du niveau de tolérance élevé de ces deux plantes à la fluctuation des conditions physiques et climatiques de la serre qu’ils apprennent toujours à maitriser. «Si on fait une petite erreur, au moins on sait que ce n’est pas toute notre récolte qui sera ruinée», déclare M. Lanteigne.

Un environnement contrôlé


Les pousses de basilic.

Après avoir germé pendant trois semaines dans une pépinière, les graines organiques dont se servent Mme Rowe et M. Lanteigne sont transplantées verticalement dans un substrat inerte irrigué continuellement, de haut en bas, d’une solution liquide recyclable de nutriments. Les conditions chimiques et atmosphériques de la serre — qui dispose également de tubes DEL pour l’éclairage — peuvent être ajustées électroniquement.

La serre est aussi munie d’un déshumidificateur qui recueille l’eau qu’évacuent les plants par le biais de leurs stomates et la réinjecte dans le circuit.


Des plants de chou frisé illuminés par des tubes DEL et irrigués d'une solution liquide de nutriments.

Afin d’éviter les périodes creuses, les maraichers ne plantent chaque semaine que sur le quart de l’espace dont ils disposent. Seuls deux des quatre murs de la serre sont exploités pour l’instant et la récolte attendue dans quelques semaines est d’environ 100 livres de chou frisé et 30 livres de basilic. La serre devrait être exploitée à son maximum d’ici la mi-juillet.

Mme Rowe et M. Lanteigne viennent d’ailleurs d’acheter une deuxième serre qui leur permettra de diversifier leur production, un but qu’ils ne peuvent pas atteindre actuellement étant donné les besoins très différents en nutriments des légumes distincts. Ils espèrent pouvoir, d’ici octobre, ajouter la laitue, la roquette, les épinards et le chou de Chine à la liste de leurs produits.

Un modèle adéquat pour le Nord?

L’ancien technicien agricole à la ferme expérimentale de Kapuskasing, Laurier Guillemette, reconnait les avantages de l’agriculture hydroponique. «C’est un système qui demande un grand contrôle, mais ça pourrait aider dans le Nord de l’Ontario en permettant de rallonger la saison de croissance. Tout se fait à l’intérieur, ce qui réduit considérablement les maladies causées par les insectes», note-t-il.

M. Guillemette a toutefois des doutes quant aux couts élevés que pourrait engendrer l’exploitation d’une ferme hydroponique, surtout pendant les hivers souvent rudes de la région, ce qui pourrait occasionner une hausse des prix des produits.

Pour M. Lanteigne, qui dit lui-même être conscient du problème, la qualité du produit final prévaut. «Chaque unité de lumière consommée équivaut à une unité de biomasse pour les plantes. On finit par avoir de bons produits, faits ici et qui se conservent mieux», fait-il savoir.

Étant donné «la qualité de l’isolation de la serre», il estime que l’éclairage constitue la majeure partie des couts défrayés, un paramètre qu’il croit pouvoir ajuster en fonction des tarifs d’électricité en vigueur.

De la place pour les fermiers dans la région

Outre les ventes dans des établissements locaux dont les besoins en légumes sont élevés, Mme Rowe et M. Lanteigne espèrent pouvoir écouler leur production en établissant une clientèle régulière d’au moins 100 personnes.

La coopérative Mangeons local Sudbury gère depuis quelques années un programme d’Agriculture soutenue par la communauté auquel participent cinq agriculteurs de la région. Selon la gestionnaire de l’établissement, Erica Lagios, les nouveaux acteurs en approvisionnement alimentaire sur la scène locale sont toujours les bienvenus.

«Ce n’est que de cette manière que nous pouvons espérer atteindre notre indépendance alimentaire», déclare-t-elle. Le modèle symbiotique, qui offre aux producteurs un revenu garanti et aux consommateurs des produits frais, ne peut qu’être encouragé, ajoute-t-elle.

Tout comme M. Guillemette, Mme Lagios vante les mérites de l’agriculture hydroponique. «Une expansion de ce modèle dans le Nord pourrait nous offrir la possibilité d’avoir des produits qu’on ne peut pas avoir à certaines périodes de l’année», affirme-t-elle.

Les offres de Smart Greens Sudbury peuvent être consultées au site web de Smart Greens Sudbury.

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Lu 1736 fois Dernière modification le mercredi, 14 juin 2017 15:11
Bienvenu Senga

Journaliste

Sudbury

705-673-3377, poste 6210

bienvenu.senga@levoyageur.ca

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