FacebookTwitter
mercredi, 17 mai 2017 06:00

L’appropriation culturelle n’existe pas

Le milieu culturel du Canada anglais est en crise. En fait, il serait plus juste d’appeler ça une tempête dans un verre d’eau, mais des gens ont déjà perdu leur job dans cette tempête. Ça s’appelle l’appropriation culturelle. Pour l’instant, ça demeure cantonné au Canada anglais et espérons que cette extrême rectitude culturelle ne contaminera pas le Canada français.

Wikipédia définit l’appropriation culturelle comme étant «un concept universitaire originaire des États-Unis selon lequel l’adoption ou l’utilisation d’éléments d’une culture par les membres d’une culture dominante serait irrespectueuse et constituerait une forme d’oppression et de spoliation». Au Canada, le concept est maintenant repris par certains artistes et activistes autochtones.

Comme le sujet touche la question autochtone, il est important d’affirmer ici que nous comprenons très bien les revendications des autochtones et les frustrations qu’ils peuvent ressentir face au racisme avec lequel nous les avons souvent traités. Le Canada peut et doit faire mieux pour promouvoir et apprendre des valeurs de ces peuples. Mais dans le domaine de l’art, de la fiction, de l’imaginaire, personne n’a le monopole de la culture. D’affirmer le contraire ne fait que miner la réconciliation entre les peuples pourtant tellement nécessaire pour l’avenir du Canada.

La question a récemment fait les manchettes lorsque, face aux critiques d’activistes autochtones, une galerie torontoise a annulé l’exposition d’une jeune artiste, Amanda PL, qui peint dans le style autochtone de Norval Morrisseau. Cependant, le concept a déjà été utilisé pour dénigrer d’autres artistes. La chanteuse acadienne Natasha St-Pier avait été critiquée il y a quelque années parce qu’elle portait une coiffe à plumes de style autochtone dans son clip Tous les Acadiens. Et des auteurs canadiens-anglais ont subi le même sort parce qu’ils osent décrire des situations impliquant des communautés ou personnages autochtones.

Ces critiques sont déplorables et ridicules. Imaginons pour un instant que le concept d’appropriation culturelle ait eu cours au siècle dernier. Imaginons que les babyboumeurs canadiens-français n’aient jamais lu Agaguk de Yves Thériault à l’école. Ce n’est pas un grand roman et ce n’est certainement pas le livre définitif sur la culture autochtone, mais il a probablement ouvert les yeux à plusieurs.

Imaginons que les musiciens Blancs n’aient pu jouer du jazz ou du blues sous prétexte que c’est une musique inventée par des Afro-Américains. Poussé à l’extrême, le concept d’appropriation culturelle voudrait dire qu’on ne devrait pas traduire de livres écrits par des auteurs venant d’une culture minoritaire. Quelle foutaise!

Nous, Franco-Ontariens, sommes minoritaires, mais il semble évident que nos auteurs, disons Jean-Marc Dalpé ou Daniel Poliquin, ne renâcleraient pas si leurs œuvres étaient traduites et devenaient des hits planétaires. Pourquoi? D’abord parce que ça les / nous ferait connaitre. Et aussi parce qu’il y a du cash à la clé.

Alors ne nous leurrons pas. Toute cette histoire est une histoire de sous. Certains artistes veulent garder le monopole des subventions et des ventes liées à leurs œuvres minoritaires. Mais, ce faisant, ils limitent la compréhension et l’ouverture des autres aux valeurs et à la vie des leurs.

Lu 2279 fois Dernière modification le mardi, 16 mai 2017 14:27
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

Actualité du Nord

  • Perte de vitesse du français dans les foyers du Nord
    Perte de vitesse du français dans les foyers du Nord Nord de l’Ontario — La proportion de francophones qui déclarent parler français à la maison est en baisse dans le Nord de l’Ontario selon une analyse des chiffres du Recensement 2016 de Statistiques Canada, réalisé par l’Institut des politiques du…
    Ecrit le mardi, 19 septembre 2017 15:30
  • Fêter ses 12 ans à dos de taureau
    Fêter ses 12 ans à dos de taureau Timmins — Le rodéo n’est pas une activité exclusive aux adultes. Wil Little de Timmins a pratiquement fait le tour de l’Ontario cet été pour participer à plusieurs compétitions de chevauchée de taureau. L’élève de 7e année de l’École catholique Anicet-Morin…
    Ecrit le jeudi, 14 septembre 2017 15:36
  • Miriam Cusson recevra le prix John Hirsch
    Miriam Cusson recevra le prix John Hirsch Ottawa — L’artiste et metteure en scène sudburoise Miriam Cusson recevra le prix John Hirsch de mise en scène du Conseil des arts de l’Ontario (CAO) le 12 septembre dans le cadre du Festival Zones théâtrales du Centre national des arts à…
    Ecrit le mercredi, 06 septembre 2017 14:36
  • Une ligue féminine de roller derby prend forme dans le Nipissing
    Une ligue féminine de roller derby prend forme dans le Nipissing Nipissing Ouest — Crystal Larose, une nouvelle résidente de Sturgeon Falls, s’ennuie de ne plus pouvoir jouer au roller derby dans sa communauté d’accueil. Ancienne participante de la ligue de roller derby du Grand Sudbury, Mme Larose a récemment décidé de tenter…
    Ecrit le mercredi, 06 septembre 2017 09:05
  • Promotion du mentorat par des apprentis ingénieurs
    Promotion du mentorat par des apprentis ingénieurs Sudbury — Les étudiants en génie de l’Université Laurentienne (UL), Rosalie Bruneau et Harsh Brahmbhatt, ont mis sur pied le projet Let’s Be Genius, un réseau virtuel qui vise la promotion du génie et des professions connexes à l’échelle internationale.…
    Ecrit le jeudi, 31 août 2017 17:06
  • Réal Tanguay investi de l’Ordre du Canada
    Réal Tanguay investi de l’Ordre du Canada Mattice — Le gouverneur général David Johnston a investi de l’Ordre du Canada Réal Tanguay, originaire de Mattice, à Rideau Hall vendredi dernier «pour sa contribution au renforcement et à la promotion du secteur canadien de la construction d’automobile». «On…
    Ecrit le jeudi, 31 août 2017 12:45
  • Le Nord veut avoir son mot à dire sur la gestion de l'UOF
    Le Nord veut avoir son mot à dire sur la gestion de l'UOF Ontario — Lundi, le gouvernement ontarien confirmait son intention de créer une université de langue française à Toronto et rendait public le rapport du Conseil de planification pour une université de langue française, déposé le 30 juin par sa présidente, Dyane…
    Ecrit le mercredi, 30 août 2017 10:38

RokStories

Calendrier du Nord

Twitter

Member Login