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mercredi, 11 décembre 2013 10:10

«Maman, Papa… y’est temps qu’on s’parle…»

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Même en 2013, il y a encore des gens qui croient (ou peut-être «préfèrent» croire) que leurs parents ne participent aucunement à des activités sexuelles. Plusieurs se souviendront sans doute de certaines conversations dans le passé où quiconque faisait part d’un «soupçon» que ses parents avaient des relations sexuelles dans leur vieil âge. On se regardait tous en disant «yuk!» tout en changeant (aussi vite que possible) le sujet de conversation.

Eh bien, les statistiques indiquent clairement que les gens âgés de 50 ans et plus ont beaucoup plus de relations sexuelles qu’on aurait pu le croire. En effet, saviez-vous que des sondages montrent qu’environ 80 % de ces gens ont des relations sexuelles en moyenne une fois par semaine ? Qui l’aurait cru ? Ce sont sans doute de bonnes nouvelles.

Les baby-boomers, qui font maintenant partie du groupe dit «aîné», forment néanmoins une catégorie distincte lorsqu’il s’agit de sexualité. On sait déjà que les activités sexuelles contribuent au bon fonctionnement et au bien-être de l’être humain. Il est prouvé que lorsqu’on a des relations sexuelles, on se sent bien, et ce, à plusieurs niveaux. Les avantages l’emportent sur les inconvénients. Cependant, si tel est le cas, pourquoi dit-on qu’il existe une épidémie silencieuse parmi ce groupe si nombreux ? On qualifie cette épidémie de «silencieuse» du fait que nous ne soupçonnions pas, du moins pas jusqu’à tout récemment, que les relations sexuelles créaient de sérieux dangers pour les baby-boomers et les personnes plus âgées.

Depuis 10 ans, le nombre d’infections transmises sexuellement (ITS) a monté en flèche. Il y a maintenant 50 % plus de cas d’ITS parmi les gens âgés de 50 ans et plus. Il est à noter que lorsqu’on parle des ITS, cela veut dire, entre autres, la chlamydia, la gonorrhée, le VIH et l’herpès génital.

Vous vous demandez peut-être ce qui a contribué à ce changement ? En effet, il existe plusieurs facteurs. Les baby-boomers font partie de la génération entre celle de leurs parents où l’église avait un impact majeur sur la moralité et la sexualité des gens, et celle de leurs enfants où on a vu apparaître le sida. Les baby-boomers ont fait partie de la révolution sexuelle des années 1960 et 1970, du mouvement «peace and love» où on ne se préoccupait point des ITS, ni de l’utilisation du condom. L’arrivée de la pilule contraceptive permettait aux couples de moins se soucier du risque d’une grossesse non désirée. Plusieurs couples entretenaient et entretiennent toujours des relations sexuelles exclusives. Ceci dit, il y en a d’autres qui se divorcent et, d’autre part, il y a des conjoints qui se retrouvent veufs. Dans de telles circonstances, on se voit poursuivre des activités qu’on n’a pas faites depuis très longtemps, telles que fréquenter d’autres gens. Il va donc de soi que lors de ces fréquentations, la possibilité de se livrer à des activités sexuelles augmente. Et voilà alors où le danger se manifeste. Les études démontrent que les hommes âgés de 50 ans et plus sont ceux qui aiment le moins utiliser le condom. Souvent, ils n’en ont pas porté dans le passé, ou encore ils prétendent que la sensation n’est pas du tout la même que celle qu’ils ressentent lorsqu’ils le portent. Quant aux femmes, une fois la ménopause arrivée, elles savent qu’elles ne courent plus le risque de grossesse, donc elles ne croient pas qu’il y a un besoin d’insister sur l’emploi du condom chez leur partenaire. Elles ignorent souvent le fait qu’une des conséquences de la ménopause est souvent la sécheresse vaginale et que celle-ci peut accroître l’incidence des ITS. Alors pourquoi devraient-elles s’inquiéter ? Dans un premier temps, une femme connaît peut-être très bien l’homme avec qui elle s’engage à des relations sexuelles, mais il faut aussi se poser la question suivante : connaît-elle également tout ce qui a trait à l’historique sexuel de son partenaire ? Et la même question s’applique également en sens inverse… L’homme connaît-il l’historique sexuel de la femme avec qui il a des relations sexuelles ? Produits d’une génération où le sujet du sexe était vraiment tabou et où l’on ne posait pas de questions, peu de gens aînés songent ou osent même se renseigner au sujet du passé sexuel du partenaire et encore moins demander si l’autre a subi des tests de dépistage pour des ITS. Sans aucun doute, l’apparition du Viagra sur le marché en 1998 a eu un impact significatif sur la sexualité des aînés. Ce médicament aidait ceux qui souffraient d’une dysfonction érectile. Ce n’est alors pas par simple coïncidence que l’on voit une augmentation considérable des taux d’ITS à compter de 1998. Ce n’est non plus surprenant que l’on retrouve les taux les plus élevés d’ITS parmi les aînés en Floride.

Il existe néanmoins des façons de diminuer ces taux statistiques. Les médecins parlent rarement de la sexualité avec leurs patients, et encore bien moins avec ceux qui sont âgés de plus de 50 ans. Effectivement, il existe une étude qui démontre que les médecins reçoivent, en moyenne, seulement quatre heures de «formation» sur la sexualité, et ce, sur la durée entière (c’est-à-dire, quatre ans) de leurs études à l’école de médecine. Nous constatons alors évidemment un manque d’information flagrant à l’égard de la sexualité humaine chez les médecins. Il faut donc les instruire et les former davantage afin que ces derniers puissent mieux desservir leur clientèle aînée et veiller à leur santé sexuelle autant que physique. Dans les plus grandes villes du pays, et plus particulièrement en Floride, on commence enfin à offrir des ateliers et des classes destinées spécifiquement aux aînés afin de les éduquer sur les risques associés aux divers comportements sexuels ainsi que sur la prévention des infections et des maladies qui peuvent en résulter. De plus, certains centres de santé communautaire tentent maintenant d’aborder ce sujet auprès de leur clientèle aînée, mais cela constitue un assez grand défi, car les gens demeurent toujours réticents à cet égard. Il ne faut surtout pas se fier aux divers paliers gouvernementaux, qui promeuvent de multiples campagnes publicitaires concernant les ITS, car ces dernières semblent viser uniquement la population des jeunes. Pourquoi ne pas sensibiliser les personnes âgées aussi ?

Cessons de présumer que les aînés connaissent les risques associés aux rapports sexuels non protégés. Tentons, à notre tour, de les éduquer en leur fournissant de l’information pertinente qui leur servira et, de façon plus importante, les protégera du danger. Dans cet esprit d’ouverture et de sensibilisation, je vous prie de partager ce blogue avec vos proches, amis comme membres familiaux.

Vous pensez sans doute maintenant : «Est-ce que ça veut dire que je devrais entamer cette conversation (qui était si gênante pour mes propres parents) avec Maman ou Papa ?» Vous vous souvenez d’entendre : «Va voir Maman (ou Papa)… Elle (ou il) a quelque chose d’important à te raconter.»

Songez-y sérieusement… Pourquoi ne pas aborder ce sujet fort intéressant durant ce temps des Fêtes ?
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Jacques Babin, Ph.D.

Professeur au Collège Boréal et sexologue clinicien.

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