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lundi, 03 avril 2017 14:27

Intégration des services de santé: l’inquiétude règne toujours à Alban

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Intégration des services de santé: l’inquiétude règne toujours à Alban Photo : Bienvenu Senga
Alban — Plus d’une centaine de résidents d’Alban ont pris part le 22 mars à une réunion organisée conjointement par la Clinique dirigée par du personnel infirmier praticien de la Rivière des Français et par le Centre de santé communautaire de Sudbury Est (CSCE). La réunion, qui visait à expliquer le bienfondé et le mécanisme de l’intégration des soins de santé offerts par la Clinique au CSCSE, n’a pourtant pas su calmer les inquiétudes de plusieurs personnes.

La réunion a eu lieu un mois après la rencontre citoyenne du 22 février, au cours de laquelle plusieurs résidents avaient exprimé leur crainte de voir le seul établissement de santé d’Alban disparaitre.

Même si le conseil d’administration de la Clinique se veut rassurant, Jim Ireland, qui vit à Alban depuis sept ans et qui est client de la Clinique depuis son ouverture, reste sceptique. «C’est bien d’apprendre que la Clinique restera ouverte et qu’on ne perdra pas nos services, mais le diable est dans les détails. On nous montre tous les avantages et on nous cache les inconvénients. Il aurait été bon de voir les deux côtés de la médaille», confie-t-il au Voyageur.

Outre le fait de se conformer aux recommandations émises par le ministère de la Santé et des Soins de longue durée dans son document Priorité aux patients: Plan d’action en matière de soins de santé publié en 2015, le Conseil d’administration de la Clinique indique qu’une intégration des soins de santé présente plusieurs avantages sur le plan administratif et logistique.

Selon les estimations des deux fournisseurs de soins de santé, la mesure permettrait d’accroitre leur clientèle conjointe, qui s’élève actuellement à 3 500 patients, de 1 000 personnes additionnelles. La fusion pourrait ainsi faciliter le recrutement de nouveaux professionnels de la santé, dont l’embauche est souvent conditionnelle au nombre de patients desservis. Les administrateurs de la Clinique précisent que les services fournis à l’établissement créé en 2012 resteraient intacts et qu’il n’y aurait pas de réduction de personnel.

Un établissement très apprécié

Si la quasi-totalité des citoyens qui ont pris la parole au cours de la réunion du 22 mars s’opposait à l’intégration des soins de santé, ils ne manquaient pas d’exprimer leur appréciation des services fournis par la Clinique.

Pour la native d’Alban, Rachel Beaulieu, le choix de se séparer de son médecin de famille en 2015 pour devenir cliente de la Clinique n’a pas été facile. «J’avais un bon médecin et j’ai beaucoup hésité. J’ai fait beaucoup de recherche et je ne regrette pas du tout mon choix. Avec une infirmière praticienne, on prend tout son temps et on a tous les services dont on a besoin», affirme-t-elle.

Elle avoue ne pas avoir été convaincue par l’argumentaire des administrateurs de la Clinique pour justifier l’intégration. «Je trouve qu’on va perdre notre indépendance à Alban parce que tout sera dirigé de Noëlville. Si l’intégration a lieu et que vient le moment d’acheter du nouvel équipement d’imagerie médicale, est-ce que cet équipement ira à Alban ou à Noëlville? S’il arrive des compressions budgétaires à l’avenir, va-t-on commencer par couper à Noëlville ou à Alban?», demande-t-elle.

Le témoignage de la résidente Diane Rancourt-Thibault a suscité des applaudissements du public. Originaire de London (Ontario), sa belle-sœur, atteinte d’un cancer, a vu son dernier vœu — de passer Noël à la Rivière des Français — exaucé l’an dernier après avoir reçu l’aval des infirmières praticiennes de la Clinique. «Les médecins ne voulaient pas qu’elle vienne à cause de sa santé, mais heureusement, les infirmières praticiennes m’ont promis de venir la voir chez moi s’il arrivait quoi que ce soit», déclare-t-elle.

Bien que sa belle-sœur soit décédée avant la fin de son séjour, pour Mme Rancourt-Thibault, «juste le fait de savoir que les infirmières n’ont pas hésité à accepter de s’occuper d’elle était très soulageant. Aucun médecin de Sudbury n’aurait fait cela», soutient-elle. Même si elle n’est pas elle-même cliente de la Clinique, Mme Rancourt-Thibault dit comprendre l’importance de l’établissement, «surtout pour une communauté où la population vieillissante est très grande».

Informer davantage

L’administratrice de la Clinique, Lise Raymond, a reconnu la réticence des citoyens d’Alban à soutenir l’intégration. «Il y a encore de l’inquiétude, c’est évident, mais il manque d’information précise. Il y a toujours l’idée que l’on va perdre des services et que le personnel va diminuer. Mais ce que nous faisons est dans leur intérêt. Nos deux organismes fonctionnent déjà de manière similaire et si on intègre les deux budgets, on sera capables de mieux servir nos clients», avance-t-elle. Ses propos sont corroborés par la présidente du conseil d’administration de la Clinique, Julie Lemieux. «Si les nombres de clients n’augmentent pas, on prend le risque de perdre notre financement à l’avenir et c’est justement ce qu’on tente d’éviter en étant proactifs. Les gens apprécient nos services et nous essayons d’assurer leur stabilité», explique-t-elle.

En Ontario, les infirmiers praticiens œuvrant dans des cliniques similaires sont censés desservir un bassin de 800 patients chacun. Avec quatre infirmiers praticiens et 1 000 patients, la Clinique d’Alban se trouve en bas de la moyenne visée.

Mme Lemieux tient également à rassurer la population qui s’inquiète du sort de la Clinique en cas de coupure budgétaire. «On ne peut pas prédire notre situation dans cinq ans ou les transformations qui auront lieu au niveau du gouvernement d’ici là. Nous évaluerons la situation le moment venu, mais nous faisons notre part pour ne pas en arriver là», stipule-t-elle.

Dans l’espoir de mieux convaincre la population, la Clinique et le CSCSE comptent mettre sur pied des groupes de discussion auxquels les résidents d’Alban seront invités à prendre part. Les deux établissements ont reporté la soumission de leur plan d’affaires au Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) du Nord-Est à une date non déterminée.

Lu 508 fois Dernière modification le mardi, 04 avril 2017 14:12
Bienvenu Senga

Journaliste

Sudbury

705-673-3377, poste 6210

bienvenu.senga@levoyageur.ca

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