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mercredi, 29 mars 2017 06:00

Ah, la Chine!

Notre premier ministre, Justin Trudeau, semble fasciné par la Chine. En 2013, lors d’une entrevue, il avait répondu que la Chine était le pays qu’il admirait le plus. Depuis qu’il est premier ministre, son admiration ne semble avoir pas diminuée. Son gouvernement affirme vouloir bâtir une relation beaucoup plus interdépendante avec Beijing. Alors que la Chine est en train de devenir la plus grande puissance mondiale, ce désir est compréhensible. Mais il faudra prendre la Chine avec des pincettes.

C’est évidemment l’économie qui pousse plusieurs pays à vouloir se rapprocher de l’Empire du milieu. Après plus d’une décennie pendant laquelle la Chine a connu des taux de croissance annuels de plus de 10 %, en 2014, celui se chiffrait quand même à 7,3 % alors que le reste du monde stagnait entre un taux négatif et 2 %. La Chine représente actuellement 17,3 % de l’économie mondiale, soit 1,5 % de plus que les États-Unis. Avec une population de près de 1,4 milliard de personnes, la Chine est sans contredit le plus grand marché du monde.

Le pouvoir d’achat de ce marché va d’ailleurs en grandissant. La Chine est au deuxième rang en nombre de millionnaires (en passant, le Canada est au 8e rang) et de milliardaires, après les États-Unis. Il y a maintenant en Chine des centaines de millions de personnes qui forment une classe moyenne qui a de plus en plus de moyens. Voilà qui fait rêver tous les industriels et commerçants du monde.

Mais le système chinois comporte plusieurs failles qui devraient mitiger cet engouement. La Chine est un pays communiste qui, même s’il s’est ouvert au capitalisme, continue de gouverner d’une main de fer. Cette autocratie idéologique a d’ailleurs une des pires réputations mondiales en ce qui a trait aux droits de la personne et à son système de justice. Cette situation devrait faire réfléchir les investisseurs canadiens qui, en Chine, ne jouissent pas des protections qui leur sont accordées dans une démocratie occidentale. Le Globe and Mail publiait en fin de semaine dernière un exposé sur le «Shuanggui», un système extra judiciaire de torture utilisé en Chine. La Chine est également le pays qui exécute le plus de gens. De quoi faire frémir. Ça devrait préoccuper le gouvernement canadien qui se targue d’être un défenseur de la démocratie et de l’état de droit.

Présentement, le Canada examine la possibilité de signer un traité d’extradition avec la Chine. Lors de son dernier voyage, le premier ministre Trudeau a aussi promis d’entreprendre des négociations sur un traité de libre-échange. Finalement, le gouvernement canadien étudie la possibilité de permettre à des entreprises d’état chinoises d’acheter des sociétés canadiennes. Or, comment peut-on penser à extrader une personne trouvée coupable par un système judiciaire que l’on sait utilise la torture? Comment parler de libre-échange avec un pays qui utilise son système monétaire pour créer des avantages pour ses entreprises? Et pourquoi permettrions-nous à un pays étranger de contrôler des compagnies canadiennes?

Voilà quelques un des écueils qui menacent le gouvernement Trudeau dans son désir de mousser l’économie à tout prix. Et les Canadiens voudront des réponses.

Lu 1501 fois Dernière modification le mardi, 28 mars 2017 14:41
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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