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mercredi, 08 mars 2017 06:00

J’ai les yeux qui piquent

Avec toute la poudre aux yeux que le gouvernement ontarien nous a lancée jeudi dernier, les yeux me piquent! Je fais ici référence à la reconnaissance de la chanson Notre Place comme hymne provincial officiel des Franco-Ontariens par le parlement et le rabais sur les tarifs d’électricité, annoncés par le gouvernement le 2 mars.

Elle est où, notre place?

Saluons tout d’abord l’adoption de la motion qui a fait de la chanson écrite par Paul Demers et François Dubé un nouvel élément de la reconnaissance de la présence des francophones dans la province. Cette chanson écrite en 1989 en l’honneur de l’adoption de la Loi sur les services en français était devenue le cri de ralliement de la bataille pour l’Hôpital Montfort. Quelques mois après la mort de Paul Demers, cet honneur tombe d’autant plus à point pour immortaliser l’apport de cet artiste à notre culture.

Il est cependant ironique que le parlement reconnaisse l’importance d’une chanson qui s’appelle Notre Place, alors qu’il refuse de nous la donner, notre place, aux endroits où on la réclame : officialiser Ottawa comme étant une ville bilingue et la création d’une université franco-ontarienne.

Il y a peu de choses à ajouter au débat sur le bilinguisme de la ville d’Ottawa. Le gouvernement ne veut pas se prononcer, même la ministre déléguée aux Affaires francophones semble dire «faites ce que vous voulez». Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas été plus brillant jusqu’à maintenant. Pourtant, une capitale unilingue dans un pays officiellement bilingue est un non-sens des plus aberrants. Quelle est donc la place des francophones dans cette capitale?

Au Voyageur, on tente de rappeler aussi souvent que possible que le projet d’université de langue française dans le centre-sud-ouest présentement à l’étude n’est pas ce que les Franco-Ontariens réclament — certains continuent malgré tout d’appeler ça une «université franco-ontarienne». Le plan du gouvernement est clairement de déranger le moins de gens possible. Ceux qu’on ne veut pas déranger ici, se sont l’Université Laurentienne et l’Université d’Ottawa, qui perdraient des étudiants au profit d’une véritable université franco-ontarienne, mais qui fournissent pourtant un niveau de services mitigé à leurs étudiants francophones.

Résultat? Notre voix est ignorée, on se moque des jeunes en les excluant du comité d’étude et on refuse de nous donner la place que l’on demande.

Un peu comme avec les excuses officielles pour le Règlement 17 il y a un peu plus d’un an, le parlement tend rapidement le bras pour nous donner un petit cadeau qui ne dérangera pas la majorité anglophone. Ils espèrent qu’on célèbre et qu’on en oublie les autres dossiers qui sont, après tout, beaucoup plus cruciaux pour notre reconnaissance et notre survie.

Baisse de tension

La même journée, on a annoncé une baisse de 17 % des tarifs d’électricité à partir de l’été prochain. Avec le 8 % déjà en vigueur, le rabais atteindra donc 25 %. Si vous faites le calcul sur votre facture, le rabais est appliqué avant la taxe, mais, extraordinairement, la taxe est calculée avant le rabais. La comptabilité, c’est tout un art.

La première ministre Kathleen Wynne avoue elle-même que cette solution, même si elle allège le fardeau des plus pauvres à court terme, augmentera la dette provinciale à long terme.

Elle a également reconnu il y a quelques mois que des erreurs ont été commises en matière d’électricité au cours des dernières années par les libéraux provinciaux. Pourtant, elle ne pose pas les gestes qui permettraient de réparer ces erreurs. La privatisation d’Hydro One, les réfections couteuses de centrales nucléaires — dont certains affirment que nous n’avons plus besoin —, l’achat d’électricité verte de petits producteurs à des prix beaucoup trop élevés... Pourquoi aucune annonce n’a été faite là-dessus au même moment? Pourquoi ne pas acheter encore plus d’électricité à prix moins élevé de nos voisins québécois?

C’est un manque de vision et de leadership flagrant. On jette de la poudre aux yeux des électeurs en espérant qu’ils oublient les plus gros problèmes, qui ne sont pas réglés par ce rabais. De plus, on ne sait pas jusqu’à quand il sera en place et comment ils s’assureront que les prix ne reviendront pas à des niveaux astronomiques lorsqu’il sera supprimé.

Il nous est permis de croire qu’un projet de société sur la réingénierie en profondeur de la façon dont on aborde la production et la vente d’électricité en Ontario aurait créé plus de fierté chez les Ontariens et plus de capital électoral pour le parti libéral — qui en cherche à un peu plus d’un an des prochaines élections.

Ces deux annonces démontrent bien la mentalité du gouvernement qui anticipe les élections. On se cache derrière des annonces qui paraissent bien au premier coup d’œil pour gagner des votes. Ceci leur permet d’éviter de s’attaquer aux vrais problèmes et de ne pas déranger les gens riches et les anglophones.

Lu 2391 fois Dernière modification le mardi, 07 mars 2017 14:54
Julien Cayouette

Directeur de l'information

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