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mercredi, 08 février 2017 11:30

Des vraies nouvelles, svp

En fin de semaine dernière, nous apprenions par les journaux que la chef intérimaire du Parti conservateur du Canada, Rona Ambrose, a passé des vacances dans les Caraïbes à bord du yacht d’un riche magnat du pétrole canadien. La nouvelle survient quelques semaines après le grand dévoilement médiatique des vacances de Noël du premier ministre, Justin Trudeau, sur l’ile privée de l’Aga Khan. Et, horreur, il a pris l’hélicoptère privé du philanthrope pour se rendre de Nassau à l’ile.

Je sais bien que Trudeau est en forme, mais les journalistes ne s’attendent quand même pas à ce qu’il nage? Mais selon nos partis d’opposition et nos médias dits nationaux, voilà les grands scandales politiques canadiens. On s’en fiche-tu rien qu’un peu!

Pendant ce temps-là, un jeune journaliste au magazine L’Actualité, Naël Shiab (qui œuvrait à CBON Sudbury, il y a quelques années) nous apprenait que, depuis 25 ans, le gouvernement fédéral enfreint ses propres politiques sur les ventes d’armes à l’étranger. Les différents ministres responsables des affaires étrangères ont permis des ventes d’armes de plusieurs milliards de dollars à des pays qui emprisonnent les opposants politiques, qui répriment la dissension pacifique dans le sang ou qui sont en guerre contre des voisins. M. Shiab nous apprend que, juste en 2014 et 2015, le gouvernement n’a refusé que 10 des 7 310 demandes de permis d’exportation d’armes.

De plus, l’article nous apprend que les rapports du ministère des Affaires mondiales indiquent plusieurs ventes de logiciels et de matériel informatique à des pays étrangers pour la somme de 1 $. Tabarnouche! Je vais acheter mon prochain ordinateur de ces compagnies. Ah, mais non, je ne pourrai pas. J’oubliais que l’identité des fabricants-exportateurs est secrète.

Il me semble que ça, c’est de la nouvelle. Il y a un proverbe en journalisme qui dit : ce qu’ils veulent que nous sachions, ce sont des relations publiques; ce qu’ils ne veulent pas que nous sachions, c’est de la nouvelle. Nos médias en pleine crise existentielle auraient avantage à se souvenir de cet adage s’ils veulent survivre. Parce que l’infidélité conjugale de tel ou tel ministre, les tweets grossiers du président Trump, la vie sociale de politiciens en vacances ou la couverture exacerbée des crimes, ça nous intéresse peut-être, mais ces nouvelles de pacotilles ont aussi un effet pervers. Elles ébranlent la démocratie.

Bon, vous me direz que la nouvelle sur les ventes incontrôlées d’armes à des pays renégats l’ébranle aussi et vous aurez raison. Mais c’est l’amoncèlement des mauvaises nouvelles politiques qui nous fait croire que les politiciens sont tous des bandits et que ça ne vaut même pas la peine de voter. C’est la répétition ad nauseam des plus petits crimes qui nous font croire à l’insécurité. Et c’est ça qui nuit à la démocratie.

Ce que j’en dis c’est que les journalistes doivent être plus judicieux, plus tenaces, plus courageux afin de sortir les vraies nouvelles qui devraient susciter un débat public et qui ont un réel impact sur la politique. C’est le prix à payer pour que nos médias continuent à soutenir la démocratie… et survivent.

Lu 2331 fois Dernière modification le mardi, 07 février 2017 12:20
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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