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mardi, 03 décembre 2013 09:25

Ottawa et les régions

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Il y a quelques jours, je me trouvais à Ottawa pour une conférence. De très bonne heure le matin, me voilà embarquée dans un taxi, destination le centre-ville. Le chauffeur, très gentil, change sa radio sur la chaine d’Icitt’ Radio-Canada Ottawa. Je savais que là-bas, les Ottaviens avaient une émission matinale différente de la nôtre. Je savais également que l’émission provinciale du samedi matin, Grands-Lacs Café, était provinciale, sauf qu’elle n’est pas diffusée dans la région d’Ottawa. Ce que j’ai appris dans le taxi grâce à une publicité, c’est que le Téléjournal Ontario, que je croyais provincial comme son nom semble l’indiquer, ne couvre pas non plus la région d’Ottawa. Ils ont leur propre téléjournal Ottawa-Gatineau. Alors je comprends bien l’aspect transprovincial de la chose. Les gens de Gatineau travaillent à Ottawa, il n’y a pas vraiment de différence, la preuve est que l’on ne sait jamais vraiment dans quelle province ou ville on se trouve. Enfin moi entéka, je ne m’y retrouve pas. Mais bon, cela m’a fait réfléchir. Si je suis bien l’affaire, cela veut dire que l’Est ontarien, comme on l’appelle — pas simplement Ottawa mais aussi Hawkesbury, Cornwall, Casselman, Embrun et autres communautés francophones —, n’entend pas parler du reste des francophones de la province. De cet état de fait, nous pouvons tirer plusieurs conclusions.

Premièrement, la communauté franco-ontarienne se trouve divisée par une institution d’État qui joue un rôle déterminant pour notre culture. Une fois encore, je comprends la logique des décideurs d’Iccit’-Radio-Canada en ce qui a trait à son auditoire. Sauf que ces choix ont des conséquences politiques, sociales et identitaires énormes. À l’heure où l’on parle beaucoup d’une université franco-ontarienne, cela soulève des questions. Ce choix n’est pas neutre et certains pourraient même affirmer que cela procède justement d’une volonté politique d’affaiblir la communauté franco-ontarienne. Après tout, diviser pour mieux régner est un vieil adage, bien connu et souvent utilisé.

Deuxièmement, je me suis souvent sentie en décalage comme Franco-Ontarienne de Sudbury par rapport aux discours de l’élite francophone d’Ottawa. Maintenant, je comprends mieux pourquoi. Mais le problème demeure. La seule élite dont nous disposons, élite politique et économique il s’entend, se trouve à Ottawa. Mais si cette dernière n’a aucune idée de ce qui se passe chez nous, au nom de qui parle-t-elle ? En quoi et comment pourrait-elle représenter tous les Franco-Ontariens ?

Troisièmement, je pense aux petites communautés franco-ontariennes de l’Est ontarien, dont Cornwall, que j’ai eu le plaisir de visiter au printemps dernier. J’avais été surprise de l’isolement, du désespoir, du désarroi complet que les membres actifs de la communauté que j’avais rencontrés vivaient. Or, si ces communautés avaient accès à ce qui se passe à Hearst, Kapuskasing, North Bay, Sturgeon Falls et Sudbury, peut-être se sentiraient-elles moins isolées; peut-être trouveraient-elles un certain espoir. Les ministères aiment beaucoup parler de transferts de connaissances et de pratiques prometteuses. Peut-être que ces communautés, en voyant ce qui se passe ailleurs, se diraient «eh boy c’est une cri** de bonne idée ça, on pourrait faire la même chose, on pourrait faire venir cette chanteuse ou cet écrivain».

Bref, tout cela ne nous aide pas à être plus forts. Tout cela ne nous permet pas de développer une communauté d’appartenance à l’échelle provinciale, ce qui est déjà en soi un défi de taille étant donné les distances et les trajectoires historiques propres à chaque communauté. Les États généraux du Canada français nous ont déjà forcés à nous repositionner en termes identitaires sur des bases provinciales, et voilà maintenant qu’on nous divise encore au sein même des provinces. Je ne sais pas si cela procède d’une volonté consciente d’assimilation, mais ça regarde pas bien, comme on dit chez nous.

Au demeurant, j’apprécie grandement tout le beau travail réalisé par les artisans d’Iccit’ Radio-Canada, où qu’ils se trouvent au pays. J’aimerais juste comprendre les tenants et les aboutissants d’une telle décision.
Lu 3208 fois Dernière modification le mercredi, 04 décembre 2013 09:14
Aurélie Lacassagne

Professeure à l’Université Laurentienne

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