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mardi, 20 décembre 2016 15:07

L'économie du Nord-Est en pleine transformation

Écrit par 
Marcelin Joanis Marcelin Joanis Photo : Courtoisie
Nord-Est de l’Ontario — L’économie est en train de changer dans le Nord-Est. Le secteur manufacturier est plus performant, tout en créant moins d’emploi. Et la chute de la population se poursuit. Ces tendances, qui ont marqué le Nord-Est ontarien depuis 2001, continueront à se faire sentir.

C’est du moins ce que prévoit l’économiste Marcelin Joanis, qui s’est livré, en 2016, à une mise en perspective de l’état économique de régions comparables. En vue de la publication de la 6e édition du Québec économique, il a développé une grille d’analyse pour aller au-delà de constats devenus clichés, avec le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). «On ne peut pas comparer une capitale (avec de l’emploi public) à une région ressource», dit-il. Il propose donc de comparer des régions canadiennes qui se ressemblaient à plusieurs échelons en 2001 : géographie, marché du travail, secteurs d’activités et population.

C’est ainsi que, selon le découpage proposé, le Nord-Est de l’Ontario se compare à d’autres «zones régionales périphériques», comme la côte nord de la Nouvelle-Écosse, le Bas-St-Laurent, la Mauricie, le Saguenay-Lac-St-Jean, l’ile de Vancouver et la côte ainsi que les régions de Thompson-Okanagan et de Kootenay en Colombie-Britannique.

Constats

Les données permettent de dresser des constats clairs. Pour ce qui est de la population active et de l’emploi, le Nord-Est ontarien a enregistré, de 2001 à 2015, la 3e plus faible croissance du groupe devant le Bas-St-Laurent et Kootenay. La récession de 2009 a couté cher, remarque le professeur à Polytechnique Montréal. Résultat : en 2015, le taux d’emploi est inférieur à celui de 2001.

Pour ce qui est du chômage, les données comparées démontrent que le Nord-Est a connu un sort plus difficile que les autres régions auxquelles on l’a apparentée. En 2001, le Nord-Est de l’Ontario avait le plus bas taux de chômage de son groupe. En 2015, il se trouvait dans la moyenne. M. Joanis qualifie ces données de probantes, d’autant plus que le taux a oscillé de 6 à 9 % pendant la période à l’étude.

Du côté des secteurs d’emploi, les ressources connaissent une forte croissance. Le bât blesse lorsqu’on analyse la situation du secteur de la fabrication, dont font partie les papetières. «Le déclin est spectaculaire. Les pertes d’emploi sur 15 ans sont de 28,5 %», dit-il. Le Nord-Est enregistre la plus forte baisse du nombre d’emplois, dans ce secteur, mais l’économiste relativise : toutes les régions du groupe ont connu une baisse.

Pour ce qui est du secteur des services, un ralentissement se fait sentir dans les domaines de la santé, de l’assistance sociale et de l’enseignement, ce dernier ayant pourtant connu une croissance jusqu’en 2009. Mais c’est le Nord-Est ontarien qui a connu la plus forte augmentation du nombre d’emplois en administration publique.

Que réserve l’avenir ?

Il est difficile de faire des pronostics pour ce qui est de l’emploi, qui fluctue toujours, relève M. Joanis. Il est plus facile d’observer et de prévoir des tendances quant à la population. D’abord, les pertes sont nettes, en ce qui a trait aux moins de 15 ans, avec un déclin de 24 % de 2001 à 2015. Chez les personnes en âge de travailler, la baisse de 5 % devrait se poursuivre pendant quelques années. «Mais il y a d’autres régions où c’est plus aigu», dit-il.

Il faut se rendre à l’évidence : l’économie est en train de changer dans le Nord-Est. Par exemple, la part de l’emploi dans le secteur manufacturier est passée de 10,4 % à 7,5 % de 2001 à 2015, une tendance qui était déjà observée. «On l’explique par des gains de productivité. On produit de plus en plus, en terme de valeur, mais on sait le faire avec de moins en moins d’employés. C’est positif, d’un point de vue économique, mais ça occasionne des pertes d’emplois», explique l’économiste.

Et le constat est généralisé. «C’est difficile de voir comment ça peut s’inverser», laisse-t-il tomber.

Pour l’économiste, le portrait du Nord-Est ontarien est assez mitigé. «Sur certaines choses, la région se compare à son groupe, mais la région ne domine nulle part. On observe plutôt une détérioration de la situation économique.»

Il le précise à plusieurs reprises : «Je ne suis pas expert dans l’économie particulière de chacune des régions. C’est ce que les chiffres montrent. Pour voir où une région s’en va, il faut en voir le ferment, ce qui se décide sur le terrain, ce qui s’en vient», conclut-il.










Tableaux : Courtoisie Marcelin Joanis
Lu 2152 fois Dernière modification le mardi, 20 décembre 2016 15:43
Andréanne Joly

Correspondante

Kapuskasing

andreanne.joly@levoyageur.ca

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