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mercredi, 30 novembre 2016 06:00

L’Ontario et l’Organisation internationale de la Francophonie

En fin de semaine, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a accueilli l’Ontario en tant que nouveau membre observateur. L’annonce en a été faite dimanche pendant la rencontre de l’organisme international à Madagascar. Voilà une réalisation que plusieurs en Ontario réclamaient depuis longtemps. Mais est-ce important?

Au lendemain de l’annonce, le journaliste de TFO, Sébastien Pierroz, publiait un texte dans lequel il ne prédisait que de bonnes choses découlant de cette adhésion. Selon lui, les Franco-Ontariens — et l’Ontario dans son ensemble — jouiront maintenant d’une plus grande visibilité internationale; les jeunes seront particulièrement gagnants puisqu’ils profiteront d’occasions d’échanges internationaux et, sur le plan économique, la province aura accès à un marché de 274 millions de parlants français partout sur la planète. Toujours selon le journaliste, l’adhésion à l’OIF pourra aussi aider l’Ontario à atteindre sa cible de 5 % d’immigrants francophones. Certains membres de l’OIF pourraient même nous aider dans notre situation de minoritaires puisque plusieurs pays membres — on peut penser au Cameroun et à la Belgique — sont dans la même situation.

Il est difficile de ne pas être d’accord. Tous ceux qui tentent depuis plusieurs années de convaincre l’Ontario de devenir membre de l’OIF ont évidemment cru dans ces avantages. Mais la question qui tue est : le gouvernement, le monde des affaires et la société civile ontarienne y croient-ils?

Il est clair que l’Office des Affaires francophones du gouvernement y croit. C’est la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, qui a piloté la demande d’adhésion. Dans cette demande, la province parlait, entre autres, d’échanges possibles en éducation, en culture, en santé et en nouvelles technologies. Voilà des secteurs où l’Ontario pourrait faire figure de chef de file. Maintenant, c’est au gouvernement de préparer ces dossiers de coopération avec les principaux acteurs de ces secteurs. C’est d’ailleurs ce sur quoi les fonctionnaires planchent déjà.

Le hic cependant, c’est que pour vraiment tirer profit d’une telle organisation internationale, la province ne peut se fier uniquement à sa population francophone, même si celle-ci est pleine de bonne volonté. L’Ontario devra aussi convaincre la majorité anglophone qu’il y a des avantages liés à cette adhésion et qu’elle aussi peut en profiter. Or, cela est un travail de longue haleine. En Ontario, le succès se mesure encore en anglais et la plupart des leadeurs dans tous les secteurs de la vie ontarienne ne savent même pas que nous existons.

La preuve est dans les médias. Au moment où j’écris ces lignes, la décision de l’OIF d’inviter l’Ontario à devenir membre date de plus de 24 heures. Tous les grands médias francophones en ont parlé, mais on ne trouve rien sur cette nouvelle dans les médias anglophones. Bah, humbug, comme dirait l’autre.

La ministre Marie-France Lalonde affirme que le statut d’observateur à l’OIF n’est qu’une première étape. Elle veut que la province devienne membre à part entière. La communauté francophone et le gouvernement ont du pain sur la planche.

Lu 2194 fois Dernière modification le mardi, 29 novembre 2016 21:23
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury