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mercredi, 23 novembre 2016 14:00

Centre pour sans-abri : «On en parle, on ne fait rien, alors j’ai ouvert une place» — Mario Dussault

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Mario Dussault est sur le point de terminer les derniers travaux de rénovation au centre d’hébergement pour sans-abri. Mario Dussault est sur le point de terminer les derniers travaux de rénovation au centre d’hébergement pour sans-abri. Photos : Emilie Deschênes
Timmins —  Le fondateur et opérateur de la Yo Mobile, Mario Dussault, a décidé qu’il en avait assez d’attendre qu’un centre pour sans-abri ouvre ses portes à Timmins : il en a préparé un lui-même. Il paye de sa poche la location d’un local où il a passé beaucoup d’heures afin de le rénover et de l’aménager.

«Ça fait six ans que je fais la Yo Mobile et ça fait six ans qu’on parle d’ouvrir une place pour les sans-abris. On ne fait rien, alors, j’ai ouvert une place. J’ai juste commencé à l’envers. Je l’ai fait et après je suis allé le dire à la Ville que j’ouvrais une place pour les sans-abris», explique M. Dussault.

Le bon samaritain sait très bien que ce n’est pas la façon habituelle de procéder, mais il n’en pouvait plus de voir les gens de la rue souffrir. Il soutient que les nombreuses réunions menées depuis deux ans ne semblaient mener nulle part. «On attendait, parce qu’il y avait d’autres gens qui disaient qu’ils allaient ouvrir un centre. J’étais tanné, je l’ai fait», lance M. Dussault.

«Les sans-abris n’arrêtent pas de me demander quand je vais ouvrir le centre. Eux autres m’appuient. Je n’ai vraiment pas fait ça pour nuire à personne, ni pour causer des problèmes, j’y suis vraiment allé avec mon cœur», poursuit M. Dussault. «J’ai commencé ça cet été. Ce n’est pas fini, mais ça s’en vient bien.»

«Je suis vraiment un gars de la rue, je ne suis pas très bon avec les papiers, mais il y a du monde qui m’entoure qui le sont. On espère avoir de l’aide, parce qu’on est pratiquement ouvert. C’est juste qu’on veut respecter la loi», élabore-t-il.

Prix d’entrée : prendre une douche

Situé à Schumacher, le centre est actuellement sous l’entière responsabilité financière de M. Dussault. Le local est muni de 10 lits avec séparateurs — avec la possibilité d’installer 20 lits —, d’une cuisine, d’une salle de bain, d’une salle de douche, d’un salon, d’un salon de coiffure, d’un entrepôt de denrées alimentaires non périssables, d’un entrepôt de vêtements et de bottes.

«Une douche, c’est ça le prix pour dormir ici au centre. On va te donner du linge neuf, un pyjama pour dormir. On a des chambres avec des lits, on a des draps jetables, j’en ai acheté en quantité industrielle», détaille M. Dussault.

Une coiffeuse sera à la disposition du centre, de même qu’une couturière et deux chefs cuisiniers d’expérience.

Pour débuter, le centre sera ouvert les fins de semaine au cours des mois froids, parce que M. Dussault est toujours sur le marché du travail. «Le but, c’est d’avoir une subvention, quelque chose pour que je puisse faire ça sept jours par semaine», révèle-t-il.

Des enfants et des cas extrêmes

«Des enfants, j’en ai beaucoup dans l’autobus. J’en avais un peu avant, mais maintenant, tous les soirs, j’ai de 20 à 25 jeunes âgés de 6 à 12 ans, parfois sans parent. Ça, ce n’est pas normal!», s’exclame M. Dussault. «Un petit gars de 9 ou 10 ans est arrivé la semaine dernière à 22 h avec un sac et il pleurait. J’ai dit : “Non, non, pleure pas.” C’est moi qui pleurais rendu là. “Embarque! De quoi t’as besoin? T’as faim?” Il a répondu : “Oui. Mon père m’a dit de venir ici.” Je lui ai rempli son sac. Il est arrivé seul à pied», raconte M. Dussault avec émotion. «Les enfants, ils passent en premier, je les fais rentrer avant tout le monde.»

«Il y a plus qu’un degré de sans-abri, mais ceux qui n’ont vraiment pas de place, j’en ai à peu près 10», raconte le bienfaiteur. Il connait également quelqu’un qui possède un loyer dans lequel s’entassent de 10 à 15 sans-abris. Ils ont un toit pour les temps froids, mais sans adresse, ce sont quand même des sans-abris, précise M. Dussault.

Héritier de la Yo Mobile

Depuis six ans, la Yo Mobile nourrit, réchauffe et réconforte les sans-abris dans un minibus les vendredis et samedis soirs jusqu’à minuit au cours des mois plus froids. «C’est moi qui dors dans l’autobus quand qu’il y a des sans-abris qui n’ont pas de place où dormir. On ne dort pas bien dans un autobus!»

Même après l’ouverture d’un centre, il confirme la Yo Mobile restera en fonction.

Selon M. Dussault, l’équipe de bénévoles est consciente du besoin criant après l’avoir constatée elle-même et est prête à passer à l’action. Il espère avoir d’autre aide, dont celui du Conseil d'administration de services sociaux du district de Cochrane, qui appuie déjà la Yo Mobile.

M. Dussault lance un appel à tout organisme qui aimerait unir ses forces à l’équipe du centre d’hébergement pour sans-abri de se manifester.

Rappelons qu’en 2014, les professeurs Carol Kauppi et Henri Pallard avaient présenté les derniers résultats de l’étude Pauvreté, sans-abrisme et migration. Dans cette étude, Mme Kauppi et ses collègues s’étaient penchés sur les causes de l’itinérance des familles à Timmins, puis avaient évalué la capacité de répondre aux besoins. Pour réduire l’itinérance des familles, l’une des recommandations était : «Créer d’autres logements surs et abordables publics et privés ainsi que fournir des ressources aux refuges offrant des services à court terme aux familles sans abri.»











Lu 16423 fois Dernière modification le mardi, 22 novembre 2016 15:50
Émilie Deschênes

Correspondante

Timmins

emilie@levoyageur.ca

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