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mercredi, 02 novembre 2016 06:00

Une lune de miel, ce n’est pas éternel

Des jeunes qui lui tournent le dos. Une manifestation devant l’hôtel où se tient une rencontre de députés libéraux. Des articles de journaux faisant état de dépenses jugées exorbitantes. Sommes-nous témoin de l’effritement de la lune de miel entre les Canadiens et le premier ministre Justin Trudeau?

Pas encore. Je crois que la lune de miel se poursuit même si elle tiédit. À preuve, les sondages qui indiquent que le premier ministre et son gouvernement jouissent toujours d’une cote de popularité enviable. Mais on ne peut négliger les quelques signes avant-coureurs. Tout le monde sait bien que ce sont les petites choses qui sont mortelles pour une relation. Le conjoint qui ne roule pas le tube de dentifrice de la bonne façon; le partenaire qui ne fait pas le ménage assez souvent; les vêtements qui trainent sur une chaise dans la chambre. Voilà ce qui refroidit l’ardeur des premiers sentiments.

En politique, c’est pareil. C’est l’amoncèlement de petits déboires qui fait le plus mal. Et force nous est de constater que Justin Trudeau et les libéraux en ont connu quelques-uns. On pense ici aux dépenses de déménagement des deux principaux conseillers du premier ministre; aux honoraires que ses ministres ont payés à des photographes; aux promesses électorales abandonnées ou tenues à moitié. Pour les fans de M. Trudeau, ce ne sont que des broutilles, mais pour les partisans plus tièdes, la somme de ces erreurs peut faire déborder le vase.

Ce sont bien sûr les opposants de toujours, les néodémocrates et conservateurs purs et durs, qui soufflent sur ces petites braises de mécontentement. Ce sont les membres de la section jeunesse du Congrès du travail du Canada qui ont récemment tourné le dos au premier ministre lors de son allocution. Or, on ne peut pas dire que le Congrès du travail soit d’allégeance libérale. Ce sont les opposants au projet de pipeline Énergie-est qui manifestent sur son passage. On ne peut pas dire non plus que ces environnementalistes québécois soient des grands amis des Trudeau. Et ce sont des journalistes qui ont fait état des dépenses de ses adjoints et ministres. Et nous savons tous que plusieurs «journaleux» se prennent pour l’opposition.

Mais justement, ce sont les médias qui véhiculent ces déboires et qui, par le fait même et généralement sans malice, répandent la grogne. Le gouvernement devra donc être particulièrement vigilant s’il veut maintenir sa popularité. Surtout que l’actuelle session parlementaire apportera son lot de décisions qui risquent de déplaire à certains.

Dans les prochains mois, le gouvernement devra se prononcer sur des projets d’oléoducs, sur une initiative de réforme électorale, sur un plan d’action pour les communautés de langues officielles en situation minoritaire, sur un nouveau budget, etc. Ce sont toutes des décisions qui pourraient déplaire à plusieurs. Le gouvernement devra donc faire preuve de beaucoup de doigté pour déjouer ses critiques et garder la confiance des électeurs.

Lu 1440 fois Dernière modification le mardi, 01 novembre 2016 14:18
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury