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mercredi, 26 octobre 2016 06:00

Réformer sans passion?

Une déclaration du premier ministre la semaine dernière au sujet du projet de réforme électorale a fait couler beaucoup d’encre. Après avoir promis une telle réforme pendant la campagne de 2015, Justin Trudeau en a surpris plusieurs en disant que, finalement, le système n’avait peut-être pas besoin d’être changé en profondeur. Il a raison. Certains journalistes ont évidemment parlé de promesse non tenue, mais le premier ministre a raison.

En faisant cette déclaration, Justin Trudeau a fait référence aux consultations publiques sur la réforme électorale lancées par son gouvernement. Selon lui, les Canadiens ne semblent pas trop s’émouvoir à ce sujet. Pour la plupart, ce n’est pas un important sujet de discussion autour de la table de cuisine ou chez Tim Horton’s.

Lorsqu’il y a discussion à ce sujet, elle oppose principalement deux types de représentation électorale.

Le premier, le système uninominal majoritaire à un tour que nous utilisons présentement, donne la victoire à la personne qui obtient le plus de votes dans une circonscription donnée. Cette personne obtient un siège au Parlement et le parti qui obtient le plus de sièges forme le gouvernement. Le deuxième type de représentation, la représentation proportionnelle, verrait le nombre de sièges au Parlement attribué en fonction du pourcentage du vote obtenu par chaque parti.

Histoire de comprendre un peu comment les deux systèmes fonctionneraient, il est intéressant de les comparer en utilisant les résultats des deux dernières élections, celles de 2011 et de 2015, qui nous ont donné des gouvernements majoritaires. Voici un tableau des résultats :

2011 % votes % sièges 2015 % votes % sièges
PC 39,6 % 59,5 % Libéral 39,5 % 54 %
NPD 30,6 % 33,4 % PC 31,9 % 29,3 %
Libéral 18,9 % 11 % NPD 19,9 % 13 %
Vert 3,9 % 0,3 % Vert 3,4 % 0,3 %


Comme on peut voir, il est clair que notre système uninominal actuel avantage le gagnant. Lors des deux dernières élections, les conservateurs et les libéraux n’ont récolté que 39 % des votes, mais plus de 50 % des sièges pour former des gouvernements majoritaires. La différence entre les pourcentages de votes et de sièges est moindre pour les partis qui finissent au deuxième et troisième rang, mais certains disent que cette méthode électorale ne respecte pas les vœux des électeurs. Ils ont bien sûr raison.

Le problème du système de représentation proportionnelle est cependant très bien illustré dans le même tableau. Nous n’aurions presque jamais de gouvernement majoritaire. La question qui se pose alors est de savoir si nous sommes mieux servis par un gouvernement majoritaire ou minoritaire. Et la réponse à cette question mérite-t-elle de chambarder tout le système électoral?

Pour ma part, je prédis que la réforme électorale promise finira par être juste un peu de «tweeking» du système uninominal actuel, parce que le premier ministre a raison : ce n’est pas ce qui empêche la majorité des Canadiens de dormir.
Lu 1783 fois Dernière modification le mardi, 25 octobre 2016 21:05
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury