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mercredi, 31 août 2016 06:00

H2O

De tout temps, l’eau a été une pomme de discorde pour l’être humain. L’histoire regorge de guerres déclenchées pour sécuriser un accès à de l’eau. Avec les changements climatiques que nous vivons, l’eau deviendra encore plus recherchée et alimentera encore plus d’escarmouches. Une récente nouvelle émanant du Sud de l’Ontario démontre bien que le Canada est déjà impliqué dans de telles batailles et que nos gouvernements doivent défendre nos intérêts.

Le Canada est un des pays les plus riches en eau potable. Non seulement jouissons-nous de nombreux lacs, ruisseaux, étangs et rivières, mais nous avons aussi beaucoup d’eau sous la surface. C’est cette eau contenue dans la nappe phréatique qui est en cause dans la région de Aberfoyle, dans le Sud de la province. Et la guerre des résidents n’est pas avec un pays étranger, mais avec une multinationale de l’eau et de l’agroalimentaire, Nestlé, et avec le gouvernement ontarien. Oui, oui, vous avez bien lu, avec un gouvernement qui est censé protéger nos avoirs.

L’histoire d’Aberfoyle est assez simple. Nestlé y a construit une grosse usine d’embouteillage près d’un puits local et a un permis du gouvernement ontarien pour en extraire l’eau. Le site web du gouvernement indique que Nestlé a neuf permis en Ontario lui permettant de pomper 20 millions de litres d’eau par jour. Le permis de Nestlé à Aberfoyle est échu depuis le 31 juillet, mais le ministère de l’Environnement a décidé, sans consultation, de le prolonger. Les résidents, aux prises avec une sècheresse, veulent que le gouvernement réduise la prise d’eau de Nestlé.

Mais ce n’est pas cette histoire commune de résidents versus une grosse entreprise qui est le plus important, c’est ce qu’elle nous apprend. On apprend, par exemple, qu’un permis ontarien coute 700 $, mais que si l’exploitation d’embouteillage peut causer des dommages environnementaux, une compagnie peut en obtenir un quand même en payant 3 000 $. On apprend aussi que Nestlé ne paye qu’une redevance gouvernementale ridicule de 3,71 $ pour chaque million de litres d’eau qu’elle extrait.

En Colombie-Britannique, c’est encore pire. Les sociétés d’embouteillage ne payent que 2,25 $ par million de litres. On apprend qu’à part Nestlé, trois autres grandes sociétés d’embouteillage extraient quelque 16,5 millions de litres d’eau à tous les jours en Ontario. Et qu’en tout, la province gère 6 000 permis d’eau pour extraire plus d’un billion et demi de litres d’eau par jour. En passant, en français un billion c’est «one trillion» en anglais.

De ces 6 000 permis, plusieurs ont été émis à des petits embouteilleurs, des municipalités ou des agriculteurs. Ce n’est pas les petits embouteilleurs comme Jennica Springs ou French River Springs dans la région de Sudbury qui me causent problème. Ni les municipalités qui fournissent de l’eau à des millions de résidents, ni les agriculteurs qui nous nourrissent. Mais quand des multinationales aux profits faramineux ne payent que 3,71 $ pour embouteiller et nous revendre un million de litres de NOTRE eau, je considère ça du vol. Pur et simple.

Et quand nos gouvernements adoptent des politiques qui permettent aux sociétés de faire ça, je considère ça de la complicité criminelle. Voilà!

Lu 2006 fois Dernière modification le mardi, 30 août 2016 14:49
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury