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mercredi, 24 août 2016 06:00

Un Franco-Ontarien, un vrai

Le décès du député d’Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger, le 16 aout à l’âge de 61 ans, laisse un vide au Parlement canadien. Un vide dans Ottawa-Vanier, un vide dans le Parti libéral, mais aussi un grand vide dans la communauté franco-ontarienne.

Originaire du nord de l’Ontario (Mattawa), l’honorable Mauril Bélanger étudie à l’Université d’Ottawa et décide de rester dans la capitale avec sa femme, Catherine. Il est rapidement happé par la politique. Dès 1980, il est assistant du ministre des Transports, Jean-Luc Pépin. Il devient par la suite chef de cabinet du président de la municipalité régionale d’Ottawa-Carleton.

En 1995, à la suite de la nomination au Sénat du député d’Ottawa-Vanier, Jean-Robert Gauthier, M. Bélanger fait son entrée en politique active. Pendant sa carrière, il a été whip du gouvernement, ministre responsable des Langues officielles, ministre associé à la Défense nationale, ministre responsable de la Réforme démocratique et ministre du Commerce intérieur. Il obtiendra un huitième mandat comme député en 2015.

C’est après l’élection de 2015 qu’il annonce qu’il souffre de la sclérose latérale amyotrophique — la maladie de Lou Gehrig ou SLA — et renonce à l’élection au poste de président de la Chambre des Communes qui, selon tous, lui était quasi acquis. Quelques mois plus tard, les parlementaires lui octroieront unanimement le titre de président honoraire de la Chambre.

En remplaçant Jean-Robert Gauthier à la Chambre des Communes, Mauril Bélanger avait de grands souliers à remplir, comme disent les Anglais. L’honorable Gauthier était reconnu comme un ardent défenseur des droits des minorités canadiennes-françaises et, dans ce dossier comme dans d’autres, Mauril Bélanger n’a pas déçu. On pourrait faire une longue liste de ses réalisations à ce chapitre, mais je préfère vous raconter une petite histoire personnelle qui illustre bien son engagement.

En mars 2015, l’homme politique et homme d’affaires, Martin Cauchon, acquiert tous les quotidiens régionaux de la société Gesca, propriété de la famille Desmarais. Un des journaux touchés est Le Droit, à Ottawa. C’est le seul journal hors Québec du nouveau propriétaire.

Quelques semaines plus tard, je reçois un appel de Mauril. Comme tous ceux engagés dans la communauté franco-ontarienne, je connais Mauril depuis des années, mais, moi étant à Sudbury et lui à Ottawa, on ne se voyait pas très souvent. Son appel m’intrigue. Or, Mauril est préoccupé par ce changement de mains. Il veut assurer l’avenir du seul quotidien francophone de l’Ontario.

Mauril connait bien Martin Cauchon, ayant siégé avec lui au Parlement. Il lui a donc demandé de venir rencontrer certains leadeurs de la région d’Ottawa et il m’invite en tant qu’ex-propriétaire de journal. Lors de cette rencontre, M. Cauchon nous rassure. Il connait bien l’Ontario français, dit-il, et il veut non seulement maintenir Le Droit, il aimerait lui donner un nouveau souffle. Certains lui suggèrent d’ailleurs d’en faire un vrai quotidien provincial, ce que les Acadiens ont réussi à faire avec L’Acadie Nouvelle et qui manque cruellement à l’Ontario-Français.

Ce n’aura été qu’une courte rencontre, mais elle est symbolique de l’engagement de Mauril Bélanger. Des gestes comme ça, il en a posés toute sa vie. Il a bien sûr influencé la politique canadienne en matière de droits linguistiques en tant que député et ministre, mais il a souvent participé à nos grandes réalisations par de tels gestes restés dans l’ombre. Nous perdons un grand allié.

Lu 2169 fois Dernière modification le mardi, 23 août 2016 16:27
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury