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mercredi, 17 août 2016 06:00

La pauvreté et les enfants

Pour la première fois, un nouveau rapport ontarien fait le lien entre la pauvreté et les enfants placés sous la protection de la Société d’aide à l’enfance (SAE). Préparé par l’Université de Toronto et la Société d’aide à l’enfance de Toronto, le rapport contient surtout des statistiques torontoises, mais il fait aussi état de circonstances qui s’appliquent à toute la province.

Un des constats les plus dérangeants de cette étude est qu’il y a proportionnellement beaucoup plus d’enfants de familles ethnoraciales ou autochtones qui sont soumis à une enquête de la SAE. Vnigt-trois pour cent des enfants placés sous protection par la SAE sont issus des Premières Nations, alors que les enfants autochtones de moins de 18 ans ne comptent que pour 2,5 % de la population de l’Ontario. La situation est semblable pour les enfants Afro-Canadiens. À Toronto, 42 % des enfants sous protection ont un parent noir alors que ces enfants ne représentent que 8 % de la population.

Les chercheurs attribuent cette situation à la pauvreté et à certains facteurs culturels liés à l’origine ethnique. Ils ont découvert, par exemple, que les familles ethnoraciales et aborigènes sont plus à risque de manquer d’argent pour le loyer où même la nourriture, ce qui place leurs enfants dans des situations précaires. L’étude démontre que le manque de nourriture est présent chez 18 % des enfants autochtones qui ont fait l’objet d’une enquête ou de protection. Ce pourcentage est de 7 % pour les enfants noirs et de 5 % pour les enfants blancs. Les chercheurs croient que la pauvreté ethnique est souvent liée à un racisme latent dans le secteur de l’emploi.

L’étude ne s’est pas penchée spécifiquement sur le Nord de l’Ontario, mais il est clair que la situation est semblable sinon pire dans le Nord, où les autochtones représentent un pourcentage plus élevé de la population. En fait, les enfants autochtones ont 130 % plus de risques de subir une enquête de la SAE que les enfants blancs.

Les chercheurs expliquent que leur enquête n’est pas terminée et qu’ils prévoient soumettre un rapport complet d’ici quelque temps, mais leurs résultats sont déjà problématiques.

Premièrement, l’étude démontre l’urgence de réduire, et même d’éliminer, la pauvreté infantile au Canada. Comment espérer que des enfants soumis à ces conditions puissent devenir des citoyens productifs? Plusieurs finiront par couter beaucoup plus cher à la société que si nous les aidions maintenant.

Deuxièmement, cette recherche devrait nous porter à réfléchir à la situation des jeunes autochtones et immigrants. Il faut que notre société fournisse des emplois intéressants à cette tranche de la population si nous voulons que les futures générations sortent du cycle de la pauvreté.

Depuis au moins 50 ans, tous nos gouvernements ont promis de s’attaquer à la pauvreté chez les enfants. Cette récente étude démontre qu’en fait, ils n’ont rien fait. C’est une honte dans un pays riche comme le Canada.

Lu 2058 fois Dernière modification le mardi, 16 août 2016 14:46
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury