FacebookTwitter
mercredi, 10 août 2016 10:16

Plus ça change, plus c’est pareil

La tournée d’une semaine de la première ministre Kathleen Wynne dans le Nord de l’Ontario illustre bien le titre de cet éditorial. Il aura suffi qu’un parti prônant l’indépendance du Nord refasse surface pour que Queen’s Park s’occupe un peu de nous. Et madame Wynne a su souligner le changement autant que la continuité dans le nord.

La première ministre a d’abord voulu reconnaitre le changement. Sa première annonce concernait un financement de 2,3 millions $ pour la production cinématographique et télévisuelle basée à Sudbury. Elle voulait démontrer que le nord est en train de devenir un phare culturel et que le gouvernement s’en rend compte.

Depuis 2001, une centaine de films ont été tournés dans la région de Sudbury. Des équipes de tournage professionnelles ont vu le jour, des maisons de production, des studios et des entreprises de location d’équipement sont maintenant rentables. Des centaines de personnes travaillent dans ce milieu qui, s’il est sporadique, offre des cachets vraiment intéressants.

Et que dire de la musique. Depuis les années 1970, Sudbury a produit plus de musiciens professionnels que n’importe quelle autre ville ontarienne de moins de 200 000 habitants. En français et en anglais à part de ça. Ce n’est pas rien. De plus, Sudbury présente de nombreux spectacles et festivals qui permettent à nos artistes — et aux autres aussi — de présenter leurs œuvres ici.

Dès sa deuxième journée dans le nord, Mme Wynne a cependant commencé une série d’annonces qui démontrent bien que le nord c’est encore le nord, c’est-à-dire une région rurale sous-développée. Un «backwater» comme le pensent les bureaucrates de Toronto, la riche. De passage à Espanola, la première ministre a indiqué que son gouvernement investirait 2,5 millions $ dans un projet pilote visant à améliorer les services de santé dans le Nord et les régions rurales. Quatre des cinq centres de santé participant au projet sont du Nord : Espanola, Dryden, Manitouwadge et Blind River.

Le lendemain, à Sault-Ste-Marie, Mme Wynne annonçait une augmentation de 120 millions $ pour rénover les écoles du nord. La somme semble importante, mais quand on constate que le budget de rénovation des écoles ontariennes est de 2,7 milliards $, le nord est-il gagnant?

C’est évidemment le genre de questions que se poseront plusieurs résidents du nord au lendemain de la création d’un nouveau parti indépendantiste, le Northern Ontario Party (NOP). Le parti est une réincarnation du défunt Northern Ontario Heritage Party, qui a connu ses heures de gloire dans les années 1980, mais n’a jamais élu un député. Le chef du NOP, Trevor Holliday, affirme vouloir faire élire 11 députés à Queen’s Park lors de l’élection de 2018.

Je ne sais pas si ce nouveau parti a allumé un feu à Queen’s Park — le chef conservateur, Patrick Brown, entreprendra lui aussi une tournée du Nord à la fin du mois —, mais une chose est certaine; ce n’est pas juste en pompant des sous dans une région qu’on favorise son développement. C’est en améliorant ses infrastructures, en changeant sa structure de gouvernance et en donnant les rênes du pouvoir politique et économique à ses résidents.

Lu 2037 fois
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

Actualité du Nord

RokStories

Éditorial de la semaine

Calendrier du Nord

Twitter

Member Login