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mardi, 28 juin 2016 13:12

Le Canada : comment déjouer la peur

Dans le journal de mercredi dernier, je nous mettais en garde contre les politiciens sans vision d’avenir qui tentent de se bâtir du capital politique en nous faisant peur. Et voilà t’y pas que le lendemain, jeudi dernier, ces oiseaux de malheur gagnaient le référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, le vote sur ce que l’on a appelé le Brexit. Mais, vu du Canada, nous avons de quoi être fiers et peut-être même pouvons-nous donner l’exemple aux autres pays aux prises avec ces hypocrites.

Nigel Farage, Boris Johnson et Michael Gove ont menti à tour de bras pour faire peur aux Britanniques. Farage voulait donner une crédibilité à son parti de l’extrême droite, UKIP, qui ne détient actuellement qu’un siège au Parlement britannique; Johnson et Gove, eux, voulaient tout simplement battre le premier ministre Cameron pour prendre sa place. Ils ont utilisé la crainte des classes défavorisées envers la mondialisation et l’immigration pour gagner le référendum. L’avidité politique et les mensonges de ces trois « stooges » ont créé le chaos en Grande-Bretagne et en Europe et maintenant leurs alliés — Trump aux USA, Wilder en Autriche et Le Pen en France — vont utiliser ce désastre pour tenter de prendre le pouvoir. Les Nazis ont fait exactement la même chose il y a 80 ans.

Au Canada, nous avons jusqu’à présent résisté aux sirènes de la peur. Lors de la dernière élection fédérale, lorsque les Conservateurs ont tenté de miser sur le niqab et sur la création d’une ligne téléphonique de délation contre les étrangers, nous les avons tout simplement défaits aux urnes. Et nous avons élu un premier ministre qui a plutôt fait campagne sur l’espoir. Quand le gouvernement a décidé d’admettre 25 000 réfugiés syriens au Canada, on a vu la société civile se mobiliser afin de préparer leur venue et plusieurs propriétaires offrir des appartements gratuits pour accueillir ces gens qui ont souffert de nos guéguerres.

Le Canada est un des seuls pays au monde à ne pas encore s’être laissé emberlificoter par les colporteurs de peur. Cela nous donne une responsabilité dans le monde. Notre pays peut jouer un rôle fondamental pour déjouer la peur. Il faut d’abord continuer à miser sur notre système social afin de donner une chance aux moins démunis de notre pays. Seulement quand les gens sont acculés au mur qu’ils écoutent les extrémistes de gauche ou de droite. Il faut maintenir des politiques qui nous donnent espoir.

Le Canada doit aussi revenir à son rôle de pacificateur dans le monde. S’il y a tant de réfugiés et d’immigrants dans le monde, c’est parce qu’il n’y a pas d’espoir chez eux. Il y a plusieurs raisons à ceci : la corruption de certains dirigeants, l’intolérance des religions et les changements climatiques qui affectent les récoltes. Mais le fléau qui force le plus de gens à fuir leur pays, c’est la guerre. Nous l’avons vu de 1939 à 1945, nous le voyons aujourd’hui en Irak, en Syrie et en Afghanistan. Ce n’est pas en bombardant les gens que nous donnons de l’espoir. Le Canada doit repenser son engagement mondial en fonction du développement économique et social, de promotion de la démocratie, du respect des droits de la personne et non en termes de AK-47 et de bombardements. Nous sommes un peuple chanceux, nous avons des obligations.
Lu 1985 fois Dernière modification le mardi, 28 juin 2016 13:29
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury