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mercredi, 15 juin 2016 16:55

«On a proposé un baume régional sur une plaie grande ouverte» — Serge Miville

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Ontario — La création d’une université de langue française dans la région du Centre-Sud-Ouest (CSO) de l’Ontario est l’une des grandes recommandations formulées par le comité consultatif d’éducation postsecondaire en langue française dans la région du Centre-Sud-Ouest dans son rapport intitulé Le temps d’agir, publié ce vendredi 10 juin. Cependant, est-ce vraiment l’avancée que tout le monde attendait pour une université franco-ontarienne?

Cette institution, dont le campus principal se situerait dans la région du Grand Toronto, serait regroupée avec le Collège Boréal et devrait accueillir sa première cohorte en 2020 selon le rapport. «Le bail du Collège Boréal à Toronto se termine en 2020. Ça pourrait donc être une économie d’échelle si le gouvernement appuyait le déménagement du Collège Boréal vers un site plus permanent où l’université pourrait s’établir aussi», déclare la présidente du comité et vice-présidente associée à la retraite du Collège Boréal, Diane Dubois.

Même s’ils reconnaissent l’urgence de renforcer l’accès à l’éducation postsecondaire dans le CSO, les historiens affiliés à l’Université Laurentienne Serge Miville et Joel Belliveau, qui se sont déjà prononcés en faveur de l’établissement d’un réseau universitaire de langue française à partir des programmes existants dans les universités bilingues, expriment leurs réserves face à certains aspects du rapport.

«Personne ne peut être en désaccord avec le fait que le rôle du Collège Boréal devrait être accru. C’est tout à fait noble, car il faut une éducation professionnelle dans le CSO», affirme M. Miville. Il indique par contre que le cas de l’institution universitaire aurait dû être traité autrement. «On ne peut pas séparer le Centre-Sud-Ouest de l’ensemble de l’Ontario français, surtout lorsqu’on parle d’éducation universitaire. On s’est tenu au statuquo. La solution suggérée ne mentionne pas le collège universitaire Glendon qui, pourtant, dispense des programmes universitaires dans la même région. On a proposé un baume régional sur une plaie grande ouverte», explique-t-il.

Selon M. Belliveau, le rapport ne contribue nullement à la résolution du problème global de l’université franco-ontarienne à l’échelle provinciale. «Tant qu’à créer une nouvelle institution, il aurait été bon d’évaluer les partenariats possibles entre les composantes francophones des universités bilingues ontariennes. C’est une occasion en or qui a été ratée et la question universitaire n’est surtout pas réglée avec ce rapport», avance-t-il.

Les deux historiens admettent craindre que l’institution sur laquelle déboucherait une mise en vigueur des recommandations du rapport serait plutôt à cheval entre un collège communautaire et un collège universitaire. «Dans le rapport, on a étudié les universités Bishop’s, St-Boniface, Ste-Anne, le Campus St-Jean. Ce sont toutes des institutions qui n’offrent pas une gamme complète de programmes universitaires», fait valoir M. Miville. «On a le droit en tant que communauté d’être plus ambitieux. Les structures sont déjà là. On n’a qu’à les regrouper et confier la gestion aux francophones. On serait ainsi capables d’offrir au CSO et au reste de l’Ontario des programmes qui mènent du baccalauréat au doctorat», confie M. Miville au Voyageur.

Il déplore également l’exclusion des professeurs d’université aux consultations menées par le comité. «Les questions ne doivent pas juste être posées aux administrateurs, mais aussi et surtout aux professeurs. Ce sont nous qui enseignons. Il aurait fallu nous demander notre vision pour l’avenir, les solutions que nous proposons», dit-il.

Au vu des pôles d’excellence de la nouvelle institution universitaire que suggère le rapport, M. Belliveau avoue être surpris de l’absence de disciplines qui servent à assoir les bases de l’identité culturelle, comme la littérature et l’histoire. «À l’université, on doit avoir accès à l’universel, à la somme des connaissances humaines. Toute combinaison qui exclurait l’offre d’un peu de chaque grande discipline ne serait pas adéquate aux francophones du CSO qui composent le tiers des francophones de la province», conclut-il.

Coup double?

Selon Mme Dubois, le partage de services et de lieux physiques entre les deux institutions postsecondaires permettrait d’attirer une masse critique d’étudiants et de mieux desservir la population francophone de cette région dont le taux de croissance est plus élevé que partout ailleurs en Ontario. «Pour chercher comment mieux répondre aux besoins de la communauté du CSO en termes d’accès à l’éducation postsecondaire en français, nous devions tenir compte du grand rôle qu’occupe déjà le Collège Boréal dans cette région. On a pu ensuite établir des balises générales, mais les recommandations précises notamment au niveau de la programmation reviendraient au conseil des gouverneurs», poursuit Mme Dubois.

Le Nord et l’Est ontariens délaissés?

La présidente du comité confirme que le mandat était limité à l’étude de la situation du CSO et non à l’établissement d’une éventuelle université franco-ontarienne.

Selon l’ancien président de l’Association des étudiant.e.s francophones de l’Université Laurentienne, Alex Tétreault, le rapport cerne bien les défis du Centre-Sud-Ouest en matière d’accès à l’éducation postsecondaire et propose des solutions valables. Toutefois, il aurait préféré une approche plus large à la question incluant les représentants d’étudiants de l’Université Laurentienne et de l’Université d’Ottawa aux consultations. «Ce sont les deux institutions où l’on trouve une plus grande masse critique d’étudiants francophones. On aurait pu contribuer à élaborer une solution plus large», fait-il remarquer.

Pour la coprésidente du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) et étudiante à l’Université Laurentienne, Josée Joliat, le rapport constitue une avancée non négligeable. «Le comité a confirmé les défis relatifs au CSO qui avaient été soulevés pendant nos États généraux [sur le postsecondaire en Ontario français] de 2014», souligne-t-elle. «Mais il ne faut pas oublier que le RÉFO milite pour une université provinciale. Si un premier campus est implanté dans la région du Grand Toronto, on va continuer de s’assurer que l’université représente les besoins de toutes les régions de la province», poursuit-elle. Elle tient à signaler que le rapport n’a pas encore engendré d’engagement formel de la part de la province.

«Le fait que le rapport soit publié et que le ministre Moridi ait annoncé la création d’un conseil de planification chargé de mener une étude de faisabilité de cette université sont des messages positifs, mais tout n’est pas gagné», précise le président de l’Assemblée de la francophonie, Denis Vaillancourt.

Selon lui, le mandat restreint du comité consultatif explique en partie la nature de ses recommandations. «Le Nord et l’Est de l’Ontario n’ont peut-être pas la gouvernance, mais ils ont accès à beaucoup plus de programmes en français que le Sud. Dans cette perspective, le comité n’a pas négligé ce qui se passe ailleurs, mais a formulé des recommandations axées sur la région du CSO qui est d’ailleurs la moins desservie», note-t-il.
Lu 2366 fois Dernière modification le mercredi, 07 février 2018 15:20
Bienvenu Senga

Journaliste

Sudbury

705-673-3377, poste 6210

bienvenu.senga@levoyageur.ca

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