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mercredi, 20 avril 2016 06:00

L’Église devrait avoir honte

En début de semaine, le Globe and Mail nous apprenait que l’Église catholique avait réussi à se sortir de son obligation de payer 25 millions $ aux survivants des écoles résidentielles autochtones. Nous sommes habitués à ce que des corporations sans conscience sociale se servent d’arguties juridiques pour éviter de payer des victimes, mais cette attitude de la part d’une Église qui ne paie ni impôts ni taxes foncières et qui, de surcroit, prêche la charité me semble pour le moins malhabile.

Selon l’entente historique de 2006, l’Église et 50 groupes religieux qui avaient géré des écoles résidentielles s’engageaient à payer 79 millions $ aux 86 000 autochtones victimes de sévices dans ces écoles. Ce règlement financier est compliqué. Pour une meilleure compréhension, je le divise en trois parties. Partie 1 : 29 millions $ devaient être remis à la Fondation de réhabilitation autochtone. Partie 2 : 25 millions $ devaient être fournis en services non spécifiés. Partie 3 : un autre 25 millions $ devaient provenir d’une levée de fonds et servir à des services de guérison pour les victimes.

Le problème est survenu lorsque les avocats du gouvernement fédéral ont tenté d’obtenir la première partie, soit les 29 millions $ en espèces qui devaient être versés à la Fondation de réhabilitation. L’Église trainait de la patte et la question a dû être négociée entre avocats. Les conseillers juridiques de l’Église ont alors tenté de se soustraire à la partie 3, la levée de fonds, en échange d’un paiement rapide des 29 millions $. Il apparaitrait maintenant que les avocats du gouvernement auraient commis une erreur qui a permis à l’Église de se soustraire à cette obligation de fournir des services de guérison aux victimes.

Quant à la partie 2, les 25 millions $ en services qui devaient être offerts aux survivants, dix ans après l’entente, on ne sait toujours pas quels étaient ses services ni s’ils ont été rendus.

À la défense de l’Église catholique dans ce dossier peu reluisant, il faut bien comprendre que la mentalité était bien différente à l’époque de ces écoles résidentielles. Le gouvernement et les Églises croyaient vraiment rendre service aux autochtones en les évangélisant et en tentant de les rendre « Blancs ». Mais aujourd’hui, les tribunaux ont tranché. Ils ont jugé que ces tentatives d’assimilation étaient néfastes et que leurs auteurs devaient indemniser les victimes. Point.

Quand des sociétés privées tentent de se soustraire à de telles obligations, nous nous insurgeons, avec raison. Certains, simples consommateurs ou actionnaires, vont même jusqu’à retirer leur appui à ces sociétés. Il me semble maintenant que tout bon catholique devrait demander des comptes à son Église pour ces tergiversations. Les tribunaux ont jugé que l’Église était coupable d’actions répréhensibles et ont exigé un redressement compensatoire. Que dix ans plus tard, on apprenne que l’Église a utilisé et utilise encore toutes sortes de manœuvres légales et financières pour renier ses obligations me semble honteux.

En tout cas, moi j’ai honte pour eux.

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Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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