FacebookTwitter
mercredi, 06 avril 2016 06:00

Ah, notre langue!

Dernièrement, on a pu voir ou lire dans nos médias et sur les réseaux sociaux des discussions au sujet d’une affaire qui s’appelle «l’insécurité linguistique». C’est la nouvelle appellation de ce sentiment qu’ont souvent les minoritaires ou les nouveaux arrivants que leur niveau de langue n’est pas à la hauteur, qu’ils cherchent leurs mots, qu’ils s’enfargent dans la grammaire. Selon certains bienpensants, il faudrait que nous, comme société, trouvions une façon d’alléger cette insécurité.

Soyons clairs, ce sentiment d’infériorité linguistique est une question personnelle, pas une question de société. Ce n’est pas tous les minoritaires qui le ressentent et, pour ceux que ça afflige, ce n’est pas au même degré ni de la même façon pour tous. J’ai moi-même ressenti ce sentiment d’impuissance linguistique, mais pas comme vous pourriez le penser. Venant d’un petit village du nord où nous parlions tous français, c’est lorsque j’ai commencé le secondaire en anglais — y’avait pas d’école secondaire française dans mon temps — que j’ai connu l’insécurité linguistique. Mon anglais faisait dur. Mes notes sont passées de 85 % à 59 % sur mon premier bulletin au «high school». Ayoye! J’ai choisi de devenir bon en anglais... et en français.

Dans le débat actuel, la question de l’insécurité linguistique tourne autour du sentiment d’incompétence qu’on certains jeunes Franco-Ontariens vis-à-vis leur langue. Face à un tel dilemme personnel, un individu a trois choix : bon, pas bon en français, il s’en fiche et continue comme si de rien n’était; il baisse les bras et s’assimile; ou il choisit de se battre et d’acquérir une compétence dans les deux langues. Et je le répète, la solution est personnelle et y’a pas grand-chose que nous pouvons y faire comme société.

Bien sûr, cet état de fait a une incidence sur la société franco-ontarienne. On perd des joueurs et d’autres resteront en marge parce qu’ils ne se sentent pas adéquats. C’est tragique pour eux et pour nous, mais ça demeure leur choix. Comme société, nous ne pouvons qu’aiguiller les jeunes vers la solution d’une plus grande compétence. Nous pourrions d’ailleurs faire quelques pas dans cette direction dès maintenant.

D’abord, cessons d’écœurer les jeunes avec la qualité de leur français. Écœurons-les plutôt avec la qualité de leur anglais qui n’est souvent pas meilleure. En même temps, développons chez eux le désir d’améliorer leur langue entre eux, amicalement, de façon positive. Il me semble qu’ils auraient une plus grande tolérance envers la critique linguistique venant de leurs amis. Et surtout, expliquons-leur que nous comprenons leurs difficultés, leurs appréhensions, leur combat linguistique. Et que c’est normal.

En terminant, je me permets de décrier une soi-disant solution proposée récemment par une linguiste. Elle croit que nous devrions donner un nom à notre langue, le «tarois». Un peu comme les Acadiens ont nommé la leur le chiac. Non, non, en Ontario on parle français. Peut-être tout croche, peut-être avec des emprunts de l’anglais, peut-être avec un pauvre vocabulaire, mais on parle français. Point à la ligne. Le «tarois» c’est pour les tarlas.
Lu 2282 fois Dernière modification le mercredi, 06 avril 2016 10:52
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

Actualité du Nord

  • TNO 2018-2019 : « Vous êtes ici »
    TNO 2018-2019 : « Vous êtes ici » Sudbury — Le dévoilement de la programmation 2018-2019 du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) a bien failli être gâché par une panne d’électricité. Heureusement, le courant est revenu 20 minutes avant l’heure prévue pour les annonces. Dévoilée à travers une série d’installations…
    Ecrit le jeudi, 17 mai 2018 18:37
  • L’art urbain en mouvement
    L’art urbain en mouvement Sudbury — Un groupe d’artistes visuelles montréalaises sont de passage à Sudbury cette semaine. Habituellement confinées au même terrain vague dans la métropole québécoise, les huit artistes d’Auto-workshop ont décidé de quitter leur enclave et de prendre la route pour…
    Ecrit le jeudi, 17 mai 2018 16:36
  • De la République tchèque à l’Ontario français
    De la République tchèque à l’Ontario français Sudbury — Qu’est-ce qui peut bien attirer une étudiante de Prague, en République tchèque, à venir étudier en Ontario? Rien de moins que la culture franco-ontarienne. Alice Luňáková étudie l’enseignement des langues aux enfants à l’Université Masaryk, dans la ville…
    Ecrit le mercredi, 25 avril 2018 14:00
  • Candidate pour Miss North Ontario malgré une encéphalite
    Candidate pour Miss North Ontario malgré une encéphalite Timmins et Sudbury — Pour des raisons médicales, Keisha Corbeil a dû mettre sur la glace un projet qui lui tenait à cœur. Après avoir surmonté une difficile épreuve, elle a décidé de persévérer et de mener à bien un…
    Ecrit le vendredi, 20 avril 2018 16:24
  • Distinction provinciale pour Gaëtane Pharand
    Distinction provinciale pour Gaëtane Pharand Sudbury — La directrice générale du Centre Victoria pour femmes (CVF), Gaëtane Pharand, et l’une des 19 personnes qui ont reçu ce matin le Prix de distinction du procureur général pour les services aux victimes. Ce prix reconnait le travail exceptionnel…
    Ecrit le jeudi, 12 avril 2018 13:45
  • Une autre expérience réussie pour Rochelle Larivière
    Une autre expérience réussie pour Rochelle Larivière Sudbury — Pour une deuxième année consécutive, Rochelle Larivière, de l’École St-Paul de Lively, se rendra à l’Expo-sciences pancanadienne. Rochelle est la seule francophone qui a remporté l’une des six places disponibles, décernées lors de l’Expo-sciences régionale de Sudbury dimanche…
    Ecrit le mercredi, 11 avril 2018 21:57
  • Caricature du 11 avril : Nous y avons vu une critique des médias
    Bonjour à tous, La caricature publiée cette semaine dans Le Voyageur provoque de fortes réactions. Nous tenons tout d’abord à vous assurer que nous avons, nous aussi, été attristés par l’accident tragique qui a eu lieu en Saskatchewan. Qui plus…
    Ecrit le mercredi, 11 avril 2018 21:38

RokStories

Éditorial de la semaine

Calendrier du Nord

Twitter

Member Login