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jeudi, 24 octobre 2013 13:51

Une statistique pas si dramatique qu’elle en a l’air...

Une statistique publiée la semaine dernière dans le rapport Signes vitaux 2013 de la Fondation communautaire de Sudbury a semé l’émoi dans la communauté francophone locale. On y lisait que seulement 14 % de la population du Grand Sudbury parle français à la maison. Les francophones comptent pourtant pour quelque 35 % de la population de la ville. Ça veut donc dire que plus de la moitié des francophones ne parlent même pas français à la maison. Que doit-on en penser ?
Au début, j’ai pensé, comme tout le monde peut-être : «Ah non! On est en train de mourir, on ne parle plus français.» Une chance que je me suis repris. Après quelques jours de recherche et de réflexion, je crois que la situation n’est quand même pas si dramatique. Autrement dit, on vit en situation minoritaire avec son lot d’assimilation comme on a toujours vécu. Ni plus, ni moins.
Ça ne veut pas dire que la situation ne doit pas nous préoccuper. La directrice de la Fondation communautaire de Sudbury, Carmen Simmons, explique d’ailleurs que c’est justement pour «réveiller la ville» qu’elle a inclus cette statistique dans son rapport. C’est un des buts de Signes vitaux de soulever des questions qui méritent l’attention de nos leaders, dit-elle. Et elle ajoute que Sudbury ne peut se permettre de perdre la richesse que constitue sa population de langue française.
Mais Sudbury est-elle en train de perdre ses francophones ? Je dis, pas plus que d’habitude. Nous connaissons des taux d’assimilation de 30 à 40 % depuis que cette ville a été fondée il y a quelque 120 ans, pourtant nous sommes toujours ici. Notre situation n’est pas pire que celle des autres communautés francophones minoritaires à travers le pays.
Au départ, il est important de noter ici que les statistiques linguistiques les plus importantes n’ont pas beaucoup changé dans le dernier recensement. Le nombre de résidents de langue maternelle française reste plus ou moins stable à quelque 30 % et le nombre de personnes bilingues français-anglais se situe toujours autour du 40 %.
Revenons maintenant à cette fameuse statistique de 14 % qui en fait frémir plusieurs. Si nous examinons la même rubrique dans le recensement de 2006, nous apprenons que 17 % de la population disait parler français à la maison. Bien sûr, ça fait une diminution de 3 % en sept ans et ce n’est pas rien. Mais n’oublions pas que le gouvernement a changé le recensement et que la vaste majorité des statisticiens affirment que la nouvelle méthodologie n’est pas exacte. Ça pourrait expliquer cet écart de 3 %. Et il y a d’autres raisons — entre autres, le plus grand nombre de mariages exogames — qui peuvent expliquer un léger déclin. En somme, la situation n’a pas tellement changé depuis des décennies. Il faut cependant rester vigilants. Et nos leaders municipaux, nos médias anglophones, nos syndicats et nos organismes sociaux et culturels doivent se réveiller s’ils veulent enrayer l’érosion de cette richesse que représente une population francophone forte et dynamique. La Ville du Grand Sudbury (l’administration municipale) a un rôle particulièrement important. Elle doit offrir de meilleurs services en français, attirer plus de personnel bilingue et surtout raviver la fierté de toute notre population pour nos réalisations et succès en français.

Réjean Grenier, éditorialiste invité

Lu 1722 fois Dernière modification le jeudi, 24 octobre 2013 13:53
La voix du Nord

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