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mercredi, 27 janvier 2016 08:00

Est vs Ouest

Le débat entourant le projet d’oléoduc Énergie-Est de Trans Canada Pipeline a repris de plus belle ces derniers jours et risque de devenir une importante pomme de discorde nationale. Le projet est particulièrement important pour le Nord de l’Ontario puisque sur les 2 060 kilomètres de pipes qui traversent l’Ontario, 1 640 sont dans le nord. On y achemine actuellement le gaz naturel du Manitoba à North Bay en passant par Thunder Bay, Kapuskasing et Cochrane.

En simple, le projet consiste à utiliser un des trois tuyaux parallèles qui traversent le nord pour acheminer vers l’est des produits pétroliers de l’Alberta plutôt que du gaz naturel. Les deux conduits restants, les plus vieilles, continueraient à transporter du gaz. Le projet inclut aussi des modifications sur le tronçon de North Bay à Cornwall ainsi que la construction de plus de 1 500 kilomètres de nouveaux pipelines dans l’Est ontarien, en Alberta, au Québec et au Nouveau-Brunswick. C’est dans les usines de ces deux dernières provinces que le pétrole serait raffiné.

Depuis qu’il a été proposé en 2014, le projet suscite la controverse. Il oppose les questions d’approvisionnement en énergie à la protection de l’environnement. Ces questions complexes se retrouvent maintenant dans la sphère politique, elle-même alimentée par l’opinion publique. Or, il est récemment apparu que Trans Canada est en train de perdre la bataille de l’opinion publique, du moins au Québec, et que cette opinion publique influe grandement les politiciens locaux.

La semaine dernière, le maire de Montréal, Denis Coderre, disant parler au nom de 82 autres maires québécois, s’est prononcé contre le projet. Sa déclaration a suscité l’ire de plusieurs partisans du projet, notamment les premiers ministres de l’Ontario, de la Saskatchewan, de l’Alberta et du Nouveau-Brunswick. Or si M. Coderre et ces collègues ont lancé ce pavé dans la marre, c’est qu’ils y voient du capital politique. Et c’est la preuve que Trans Canada a vraiment mal joué la carte de l’opinion publique dans la belle province.

Fort de son expérience somme toute assez positive à acheminer du gaz naturel, fort de nouvelles technologies qui permettent une plus grande sécurité des pipelines, fort de ses milliards et de sa machine de relations publiques, Trans Canada s’est surtout occupé de convaincre des décideurs. Ses communicateurs ont parcouru l’Est canadien, études et statistiques en main, afin de vendre leur projet aux regroupements municipaux – ils étaient récemment à la réunion de l’Association francophone des municipalités de l’Ontario — aux associations de propriétaires et, bien sûr, ont rencontré ministres et bureaucrates.

Pendant ce temps, les environnementalistes, eux, étaient sur le terrain. Pas besoin d’études quand on a la foi. Et la foi convainc plus surement que n’importe quel argument scientifique. C’est ainsi que de discours enflammés, aux lettres à l’éditeur et aux rencontres de salle paroissiales, les opposants ont su rallier l’opinion publique derrière l’opposition au projet. Maintenant, les politiciens doivent suivre leurs électeurs.

Le problème est que l’opinion publique du Québec est diamétralement opposée à celle d’une grande partie du reste du Canada. La question énergétique risque-t-elle de raviver ce vieux démon, le séparatisme? Le gouvernement fédéral a du pain sur la planche!

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Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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