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mardi, 03 novembre 2015 11:44

Les rebelles d’hier envahissent les médias sociaux

Écrit par 
On appelle les Franco-Ontariens à la désobéissance civile... sage. On appelle les Franco-Ontariens à la désobéissance civile... sage. Marc Keelan-Bishop

Nord ontarien — L’illustrateur Marc Keelan-Bishop souhaitait frapper l’imaginaire des Franco-Ontariens, surtout des jeunes. Le 23 octobre, son projet s’est concrétisé : les huit affiches de la série 400 ans de rebelles franco-ontariens ont été mises en ligne dans les médias sociaux et ont trouvé une bonne résonnance, notamment dans le Nord.

Joseph Montferrand, S.O.S. Montfort, Madeleine de Roybon d’Allone, Étienne Brûlé : l’artiste du comté de Prince Édouard a voulu mettre en lumière certains personnages ou mouvements de l’histoire à cause de leur aspect rebelleet les présenter avec un message qu’il croit porteur.

Si l’Ontario français compte son lot de personnages impressionnants, il insiste sur ce caractère contestataire. « Un rebelle doit travailler contre quelqu’un », définit-il. « Je pense qu’on a déjà assez fait de projets en Ontario français avec des gens impressionnants. »

Les dix derniers jours indiquent qu’il est en voie de gagner son pari, et qu’il a visé juste avec les affiches plus récentes, comme « Et toi », la plus partagée d’entre toutes, et qui constitue une invitation à demander des services en français et à mettre ses appareils électroniques en mode français.

Il se considère lui-même comme un de ces rebelles. Vivant en milieu majoritairement anglophone, il n’a pas beaucoup l’occasion de s’exprimer en français, au quotidien. « À cause de tout ça, [les francophones comme moi sont] inconfortables de parler en français. » Mais il a trouvé quelques pistes pour ne pas se conformer : « J’ai switché mon téléphone en français. Depuis que je l’ai fait, ça me rappelle le fait français – et pour moi, c’est 75 fois par jour. Ça prend un peu d’effort, au début. Ça m’a surpris la différence que ç’a fait. C’est quelque chose de simple qui a des effets importants. »

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Dans le Nord

Deux autres sujets près du Nord ontarien ont aussi suscité de vives réactions.

C’est le cas de la crise scolaire de Sturgeon Falls, en 1971, qui a entrainé une occupation de l’école secondaire anglophone pendant trois jours.

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Carole Lafrenière-Noël, de Verner, a vécu l'évènement aux premières loges : elle entrait au secondaire au début de la crise. « En voyant l’affiche, j’ai ressenti de la fierté et je me suis dit qu’on avait eu raison d’être tenace et de ne pas lâcher malgré les pressions inverses. Grâce à cette lutte et aux autres qui ont suivi dans d’autres communautés, c’est toute une génération qui a été éduquée en français », dit-t-elle.

Marc Keelan-Bishop a vu ces protagonistes, aujourd’hui actifs dans les médias sociaux, partager l’affiche et ressasser leurs souvenirs de l’un des plus récents actes de rébellion en Ontario français. « Je voulais souligner qu’il y a des gens qui se sont battus très récemment pour des choses qu’on tient tellement pour acquises. Les gens trouvent encore ça difficile d’en parler. Même entre francophones, il y avait des bagarres », illustre-t-il.

Jocelyne Dauphinais-Desbiens était adolescente, de toutes les activités militantes du temps de la crise scolaire, et est heureuse de voir qu’on évoque ces moments forts. « Ça fait au-delà de deux générations que ça s'est produit alors les jeunes d'aujourd'hui ne comprennent pas tous la bataille. Beaucoup se souviennent des marches dans les rues avec nos pancartes et d'autres étudiants qui frappaient sur leurs marmites mais c'était beaucoup plus que ça », dit celle qui se souvient avoir eu peur à plusieurs reprises.

C’est l’temps, inspirée d’un mouvement souvent oublié, qui avait entrainé l’emprisonnement d’une jeune Sudburoise de 22 ans, Lise Pellerin, parce qu’elle ne voulait pas payer une contravention de stationnement écrite uniquement en anglais, a aussi provoqué de bonnes discussions.

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Aux origines du projet

Des huit affiches, c’est la bataille des épingles à chapeau à l’école Guigues d’Ottawa, pendant la lutte contre le Règlement XVII, qui a été l’inspiration première de l’illustrateur. Pour lui, ces femmes qui ont défendu l’école Guigues, à l’époque du Règlement 17, définissent l'idée de rebelle, en faisant fuir les policiers avec leurs épingles à chapeau.

En plus, elle met en lumière le rôle des femmes, au début du XXe siècle. Et que cet épisode de la défense de l’école ottavienne soit historiquement documenté ou pas, le système de défense a bel et bien existé, dit-il. « J’ai lu un article de la même époque. Certaines femmes qui, dans les transports en commun, gardaient l’espace entre elles et les hommes qui voulaient trop s’approcher avec leur épingle à chapeau. Apparemment, elles leur mettaient dans la cuisse. »

Et la suite

C’est aussi celle qui a suscité de vives réactions, chez les anglophones. Parce que oui, les huit affiches ont été lancées en version anglaise, le 28 octobre : plusieurs personnes qui lui ont parlé ignoraient qu’il a déjà été interdit d’enseigner en français en Ontario. « Ça va nous permettre de prendre notre place et d’être plus visibles », croit-il. « C’est trop facile d’être invisible, on parle anglais sans accent, on parle parfois mieux l’anglais que le français. »

400 ans de rebelles franco-ontariens devrait avoir une suite : l’illustrateur espère créer une vingtaine d’affiches de rebelles afin d’en faire un livre et compte étendre le projet au Canada en entier, pour le 150e anniversaire de la Confédération en 2017.

Les suggestions affluent. Pour le Nord, il pense mettre en lumière la vague Moi j’viens du Nord et l’organisme secret l’Ordre de Jacques-Cartier, active sur la scène provinciale, mais bien ancrée dans le nord.

Chose certaine, M. Keelan-Bishop ne veut pas quitter la piste de la rébellion. « N’importe qui qui est pour la démocratie doit être en faveur de la désobéissance civile. Quand on marche au milieu de la rue pour manifester, c’est de la désobéissance civile. C’est quand même pas terrible. Si on regarde les avancées importantes dans notre culture, ça vient toujours d’un refus. C’est toujours les gens qui sont allés dans les rues qui ont fait avancer des questions. Ils ont fait une différence ou ils ont inspiré des gens qui ont fait une différence. »

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Lu 3123 fois Dernière modification le mercredi, 04 novembre 2015 14:13
Andréanne Joly

Correspondante

Kapuskasing

andreanne.joly@levoyageur.ca

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