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mercredi, 14 octobre 2015 00:00

Voter pour un gouvernement, pas pour ou contre un voile

Niqab... niqab... niqab... peut-être qu’en le répétant souvent, réussirais-je à l’exorciser de la présente campagne électorale. Parce ce n’est pas un sujet qui devrait retenir l’attention des électeurs. Nous devons plutôt choisir un gouvernement qui s’occupera de choses autrement plus importantes comme notre économie, nos relations extérieures, le bien-être de tous les Canadiens. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas un sujet digne d’une franche discussion. La réaction de plusieurs Canadiens à ce sujet indique clairement que nous devons en parler, quitte à ne pas nous entendre.

D’abord, il faudrait savoir ce qu’est le niqab ou tout autre voile – tchador, hijab, burqa, etc. – porté par quelques femmes musulmanes. Seuls la burqa et le niqab cachent complètement le visage, les autres sont de simples voiles qui cachent les cheveux; le hijab, ou qui entourent tout le corps, mais laissent le visage découvert; le tchador bleu d’Afghanistan ou le jilbab saoudien. Dans la présente controverse, ce sont le niqab et la burqa qui sont en cause, j’imagine, parce qu’ils cachent le visage.

Tous ces vêtements sont liés à des interprétations différentes du Coran. Dans le livre sacré de l’Islam, il y a deux passages, le verset 31 de la sourate 24 et le verset 59 de la sourate 33, qui parlent du voile. Les théologiens salafistes ou wahhabites, deux courants rigoristes conservateurs de l’Islam, prêchent évidemment pour la couverture entière du corps des femmes alors que la plupart des théologiens musulmans ne préconisent que le hijab. Certains disent même que ces sourates sont plutôt des recommandations plutôt que des obligations.

Avant d’aller plus loin, il serait bon de se rappeler qu’il y a une cinquantaine d’années, une femme catholique devait se couvrir la tête avant d’entrer dans une église. Et les femmes n’ont toujours pas accès à la prêtrise ni même au diaconat. Rappelons aussi que les juifs orthodoxes doivent porter la kippa ou un chapeau noir – j’en ai aussi un très beau, mais ce n’est pas Dieu qui me dit de le porter, c’est l’hiver. Et n’oublions pas que, dans certaines cultures, de regarder quelqu’un dans les yeux est d’une grande impolitesse. De tout temps, les religions ont été des outils de contrôle, surtout de contrôle des femmes par des hommes. Au Canada et en Occident, le féminisme et la libération sexuelle de la deuxième moitié du xxe siècle ont fait reculer ce pouvoir mâle et c’est, en partie, ce qui nous choque aujourd’hui en voyant des femmes voilées.

Il est incompréhensible pour un Occidental moderne qu’une femme puisse ainsi se soumettre à une tradition religieuse du Moyen-âge. Nous n’y voyons que le contrôle des femmes exercé par des hommes ayant peur de leur propre sexualité. Habitués à regarder quelqu’un dans les yeux, de lire ses expressions sur son visage, nous sommes mal à l’aise devant un masque.

Pour toutes ces raisons, je n’aime pas la burqa et le niqab. Ils me rendent mal à l’aise, mais je ne peux vraiment pas m’opposer à celles qui veulent le porter, quelles que soient leurs raisons. Il me semble qu’il est tout aussi erroné de dire à une femme quoi ne PAS porter que de lui dire QUOI porter. Le Canada ne peut s’abaisser à cette réaction médiévale.

Quant à l’introduction de ce débat dans la campagne électorale, qu’il me suffise de dire que c’est tout à fait digne de la petitesse de Stephen Harper et de ses partisans. C’est pour ça, entre autres, que nous le mettrons au chômage lundi prochain.

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Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury